Ce qui fait peur dans le polonais est son orthographe, et c'est la partie la moins chère. Szczecin ne contient pas huit consonnes : sz se dit ch et cz se dit tch, donc le mot commence par ch-tch, deux sons que le français produit sans y penser.
La dépense réelle est invisible sur la page. On dit que le polonais a trois genres ; comptez les catégories qui changent réellement une terminaison et il y en a cinq, parce que le masculin se divise selon que le nom désigne une personne, un être animé ou un objet.
Un francophone arrive pourtant avec une pièce que personne d'autre n'apporte. ą et ę sont les nasales de bon et de vin, à peu de chose près, et un anglophone les paie pendant des mois là où elles ne coûtent rien ici. C'est la remise que les langues attribue au couple plutôt qu'à la langue.
Cinq catégories, et non trois
Le genre polonais se ramifie là où le français s'arrête. Le féminin et le neutre se comportent normalement. Le masculin se scinde au singulier selon que la chose est vivante ou non, et au pluriel une autre ligne apparaît, qui sépare les groupes contenant au moins un homme de tous les autres.
- sept cas. Six qui servent dans une phrase et un vocatif, qui sert à appeler quelqu'un et que le français rend par un simple ton de voix.
- il n'y a pas d'article. Ni le, ni un, et l'information que le français met devant le nom se répartit entre l'ordre des mots et le contexte.
- le passé porte le genre, byłem pour un homme et byłam pour une femme. Le verbe s'accorde avec celui qui parle, ce que le français ne fait qu'à l'écrit et seulement sur le participe.
La dernière ligne est celle qui surprend le plus longtemps. Dire j'étais en polonais suppose d'avoir décidé de son propre genre, à chaque fois, et un apprenant qui apprend une seule des deux formes se trompe une phrase sur deux dès qu'il parle de lui-même. La grammaire polonaise tient l'ensemble, aspect compris.
L'accent est régulier, et l'information n'est pas là où il tombe
l'accent tombe sur l'avant-dernière syllabe, toujours, aux exceptions près qu'on compte sur les doigts. Après le russe, où l'accent est mobile et jamais noté, c'est un soulagement, et pour un francophone c'est presque un non-sujet puisqu'il ne s'en sert pas pour distinguer des mots.
Le piège tient à ce que cette régularité cache. L'accent tombe toujours au même endroit, mais l'information grammaticale se trouve à la fin du mot, c'est-à-dire après l'accent, sur la syllabe la moins appuyée. Une oreille française suit la mélodie et laisse tomber exactement la syllabe qui portait le cas.
C'est la forme polonaise du blocage et elle n'est pas un problème de vocabulaire. La sortie est d'écouter en cherchant la fin des mots plutôt que leur début, ce que la compréhension orale en polonais exerce, et de produire lentement en choisissant le cas avant d'ouvrir la bouche, ce que l'expression orale en polonais décrit sans en adoucir le prix.
Les sons qui décident du mot ne sont pas les groupes
Les groupes de consonnes se lisent une fois la valeur des digrammes connue, et ils ne distinguent presque rien. Ce qui distingue des mots est ailleurs, dans une opposition que le français n'a pas : deux séries de chuintantes, l'une dure et l'une mouillée.
sz, cz et ż sont faites langue en arrière ; ś, ć et ź sont les mêmes sons produits langue contre le palais. Le français n'a qu'une seule série, à mi-chemin, donc il entend un seul son là où le polonais en distingue deux et il en produit un troisième qui ne correspond à aucun.
Cette paire décide de mots courants, et elle est bien plus rentable que les groupes de consonnes qui occupent toute l'attention des débutants. La prononciation polonaise les prend dans cet ordre, ce qu'aucun manuel ne fait.
Le verbe dit deux fois si l'action est allée au bout
Comme toutes les langues slaves, le polonais oblige à choisir entre deux verbes pour une seule idée, selon que l'acte est achevé ou non. pisać et napisać sont deux verbes, écrire et avoir fini d'écrire, et aucune forme neutre ne permet de s'abstenir.
Un francophone croit reconnaître son imparfait et son passé composé, et la ressemblance tient à peu près trois fois sur quatre, ce qui suffit à installer une règle fausse pour des années. Le français tranche sur la manière dont on embrasse la durée ; le polonais tranche sur l'aboutissement.
La conséquence pratique est une décision de fiches : la paire est l'unité de vocabulaire, et une carte qui ne porte qu'une moitié enseigne un demi-verbe.
L'ordre qui marche
Cinq chantiers, sans une seule date
L'ordre compte et la durée ne se promet pas, donc rien ici ne porte de mois. Chaque chantier rend le suivant possible.
- La valeur des digrammesUne soirée, et Szczecin cesse d'être un obstacle01
- 02Les deux séries de chuintantesProduites avant d'être entendues, comme toujours
- Le genre appris avec chaque nomNominatif, génitif et catégorie, sur la même carte03
- 04Les cas, un par un, avec leurs prépositionsLe travail fini de cette langue, et il se termine vraiment
- Les numérauxQui ne se terminent pas et se déposent par l'usage05
Aucune date sur cette carte, et c'est délibéré. Les seuls chiffres honnêtes ici seraient des heures, et elles dépendent trop de ce qui a été produit à voix haute.
Les cas s'apprennent, les numéraux se subissent
Les sept cas sont un travail fini : des tableaux, des prépositions qui régissent chacune le sien, et quelques mois de mise en place. C'est pénible et cela se termine.
Le système des numéraux ne se termine pas de la même façon. Le nombre gouverne le cas du nom qui le suit, et il le gouverne différemment selon le chiffre et selon le genre, si bien que compter des objets demande une décision grammaticale à chaque nombre. Aucune autre langue de ce pilier ne fait payer les chiffres.
Les sept cas tient la partie qui s'apprend, et le reste se dépose par l'usage. Aucun raccourci n'existe, et l'ignorer conduit à conclure qu'on progresse mal.
Un dictionnaire national, un tableau pour chaque nom, un paquet
Le dictionnaire PWN est gratuit en ligne et il tranche deux questions qu'un dictionnaire bilingue laisse ouvertes : la forme existe-t-elle, et de quel registre relève-t-elle. Il a pris la suite du volume imprimé que la même maison publiait.
Wiktionary est le complément indispensable ici pour une raison mécanique : il montre le paradigme entier d'un seul coup d'oeil. Dans une langue à sept cas et cinq catégories de genre, voir le tableau entier vaut mieux que lire une règle, et c'est gratuit.
Anki compte pour une raison polonaise. Une carte de vocabulaire qui porte le nominatif seul enseigne un mot dont six formes manquent ; il faut y mettre le nominatif, le génitif et le genre, faute de quoi la carte ne sert à rien au moment de parler. Le vocabulaire polonais montre pourquoi les préfixes rendent ensuite ce travail plus rentable qu'il n'en a l'air.
Reste une ressource proprement française et peu connue : le Nord accueille depuis les années 1920 une communauté polonaise nombreuse, avec des associations et des cours qui ont survécu à trois générations. C'est le seul endroit de ce pilier où une langue slave se pratique sans quitter le département.
Si la deuxième langue slave est presque gratuite
Ce qui se décide après un an de polonais est de savoir si le système est acquis ou seulement le vocabulaire, parce que c'est le système qui se transporte.
Le russe demande un cas de moins et un alphabet en plus, et l'aspect y fonctionne de la même façon, si bien que la deuxième langue slave coûte une fraction de la première. Ce qui ne se transporte pas est l'accent, mobile et non noté en russe, fixe et prévisible en polonais.
Si le motif était la famille plutôt que la linguistique, l'ordre des chantiers ne change pas et le calendrier, lui, change. Apprendre une langue le tranche, avec une précision utile ici : une langue à déclinaisons se perd vite quand elle n'est pas produite, beaucoup plus vite qu'une langue à ordre fixe.