L'irlandais change le début de ses mots, et c'est la chose qui décourage tout le monde sauf, précisément, un francophone. bád est un bateau et mo bhád est mon bateau : le b devient bh, qui se dit v, parce qu'un mot placé devant l'a exigé.
Un lecteur d'ici connaît ce mécanisme sous un autre nom. Le français modifie déjà le bord d'un mot selon ce qui le précède, avec la liaison, l'élision et les adjectifs qui changent de forme devant une voyelle. L'idée qu'un mot n'a pas une forme unique et stable est donc déjà installée, et c'est la moitié du travail.
La seconde moitié n'est pas prêtée. En français ces changements sont automatiques et ne portent aucun sens ; en irlandais la mutation porte la grammaire, et elle est parfois la seule chose qui distingue deux phrases. Le même trait décourage depuis l'anglais et se trouve à moitié payé depuis le français, ce que les langues explique en une phrase.
Une orthographe profonde n'effraie pas qui en écrit une
L'orthographe est le second prêt et il est mal connu. Les mots irlandais paraissent longs et imprononçables ; ils sont en réalité régis par un jeu de règles régulier, une fois compris que la moitié des voyelles écrites ne se prononcent pas et servent à décrire la consonne voisine.
- la moitié des voyelles écrites décrivent les consonnes. Un i ou un e à côté d'une consonne dit qu'elle est mouillée, un a, un o ou un u qu'elle est large. Ce sont des indications de prononciation et non des sons.
- le verbe arrive en premier. C'est l'une des rares langues d'Europe à ouvrir ainsi, et cela vaut aussi pour les questions et pour les négations.
- il n'y a pas de mot pour oui. On répond en reprenant le verbe de la question, ce que le français fait parfois par insistance et que l'irlandais fait toujours.
Un francophone lit donc une orthographe profonde sans s'en offusquer, parce qu'il en écrit une lui-même. Un anglophone en écrit une aussi, mais il attend d'une langue voisine qu'elle soit plus simple, et l'irlandais le déçoit exactement là.
La mutation dit parfois à elle seule de qui on parle
Le changement initial n'est pas une politesse phonétique. Il porte de l'information, et il arrive qu'il en soit le seul porteur. mo, son à lui, et a, son à elle, se prononcent presque pareil ; ce qui les sépare est ce qu'ils font au mot suivant.
Un mot commençant par c donnera un ch mouillé après le possessif masculin et restera intact après le féminin, si bien que la seule différence audible entre son chien à lui et son chien à elle se trouve au début du mot chien. Rater la mutation, c'est perdre la personne.
C'est pourquoi les mutations initiales se travaillent avant le vocabulaire, ce qui renverse l'ordre habituel, et pourquoi un dictionnaire est difficile à ouvrir la première année : la forme entendue n'est pas la forme rangée.
Le problème est que rien ne l'exige
Voici le blocage, et il n'est pas linguistique. L'irlandais est une langue officielle, enseignée treize ans à l'école, et presque personne n'a de pièce où il faut la parler. Une langue sans lieu obligatoire concurrence toutes les autres façons de passer une soirée, et elle perd.
La conséquence pratique est qu'aucune méthode ne remplace la fabrication d'un lieu. Les colonnes du dessin le disent sans ménagement : ce qui fabrique des locuteurs se trouve entièrement dans la première, et rien n'y arrive par hasard.
Pour un lecteur français, la difficulté est doublée par la distance et allégée par un fait rarement dit : une semaine dans une région où la langue est parlée coûte moins cher depuis Paris que la plupart des séjours linguistiques de ce pilier, et c'est le seul dispositif qui déplace vraiment une carte vers la gauche. L'expression orale en irlandais tient ce que l'on fait de cette semaine.
Écrire le standard, parler un dialecte
Une seconde particularité complique le choix des ressources. Il existe une orthographe standard, fixée pour l'écrit, et il n'existe pas de forme parlée standard : trois dialectes se partagent l'usage, ceux du Munster, du Connacht et de l'Ulster, et ils diffèrent par la prononciation, l'accent et une part du vocabulaire.
Un apprenant doit donc écrire une langue et en parler une autre, ce qui n'a rien d'anormal ici et déroute quand personne ne le dit. Choisir son dialecte au début, et s'y tenir, vaut mieux que collectionner des enregistrements de trois régions, et les trois dialectes dit ce que ce choix engage.
L'orthographe et le son rend par ailleurs les mots longs prévisibles en une soirée, ce qui est le meilleur rapport entre le temps passé et le blocage levé de toute cette entrée.
Où la langue se trouve réellement
Seule la colonne de gauche fabrique des locuteurs
Le blocage de l'irlandais n'est pas la mutation. C'est qu'une langue sans lieu obligatoire concurrence toutes les autres façons de passer une soirée.
- Obligatoire3
- Un foyer de Gaeltacht
- Une école qui enseigne dans la langue
- Un travail qui se fait dedans
- Bienvenue4
- Un cercle de conversation hebdomadaire
- Une semaine en Gaeltacht
- TG4, en fond sonore
- Quelqu'un qui accepte de ne pas basculer
- Absent4
- Presque tous les commerces
- Presque tous les bureaux
- Tout l'internet, sauf à le chercher
- Treize ans d'école, pour la plupart des gens
Les cartes se déplacent vers la gauche et c'est toute la méthode. Rien dans la première colonne n'arrive par hasard, et rien dans la troisième ne bouge tout seul.
Deux verbes pour être, et aucun mot pour oui
La grammaire irlandaise est plus régulière que sa réputation, et deux de ses traits demandent d'abandonner un réflexe français plutôt que d'apprendre une règle.
Le premier est la paire de verbes être. Is múinteoir mé pour ce que je suis, Tá mé tuirseach pour comment je suis : la copule sert à identifier et à définir, l'autre verbe sert pour un état ou un lieu. L'espagnol partage de la même façon entre ser et estar, ce qui rend la chose familière à qui l'a déjà rencontrée.
Le second est l'absence de oui et de non. An bhfuil tú réidh se répond Táim, jamais oui : on reprend le verbe de la question à la forme qui convient. Le français le fait parfois par insistance et peut toujours l'éviter ; l'irlandais n'a rien d'autre à proposer. La grammaire irlandaise fait le tour des deux.
Un dictionnaire qui parle les trois
focloir.ie est le dictionnaire de référence et il fait ce dont cette langue a besoin : chaque entrée est enregistrée dans les trois dialectes. Pour qui doit choisir une prononciation et s'y tenir, entendre les trois côte à côte est l'outil de décision autant que de consultation. Gratuit.
TG4 est la chaîne de télévision en irlandais, disponible en ligne gratuitement, avec des sous-titres en irlandais ou en anglais. C'est la plus grande réserve de langue parlée réelle qui existe, et le sous-titrage dans la langue elle-même est ce qui la rend exploitable.
Duolingo mérite d'être nommé pour ce qu'il est et pour ce qu'il n'est pas. Gratuit avec publicité, il enseigne des phrases et entretient une série quotidienne, et une série n'est pas une pièce où l'on parle. C'est utile le premier mois et cela ne règle rien du problème principal. Le vocabulaire irlandais montre au passage combien de mots l'anglais lui a empruntés.
La langue d'abord, ou la pièce d'abord
Ce qui se décide ici n'est pas un chapitre mais un ordre, et il est inverse de celui de toutes les autres entrées de ce pilier. Ailleurs on apprend une langue puis on cherche où la parler ; ici il vaut mieux trouver la pièce et laisser la langue venir à sa vitesse.
Si le motif est la lecture plutôt que la parole, l'irlandais ouvre une littérature ancienne considérable, et le latin est le voisin naturel de ce projet, puisqu'il assume dès le départ de se lire sans se parler.
Et si le motif est la langue elle-même, la question du calendrier se pose comme partout. Apprendre une langue la tranche, avec ici une réserve honnête : les trois sortes d'heures qu'elle décrit supposent un interlocuteur, et c'est précisément ce que cette entrée ne fournit pas.