Faragiri

Apprendre les langues

Ce que le français a déjà payé dans chacune des vingt-trois, ce qu'il fait payer partout, et ce que le CPF finance réellement depuis février 2026.

6Sections
10Min de lecture
1Profondeur

La division

Deux façons de ranger la même matière, et une seule tient devant une langue précise

Trois des quatre lignes changent entièrement selon la langue visée et selon celle d'où l'on part. La quatrième ne bouge pas, et c'est la seule qui s'écrit une fois.

Rangé par compétenceUne page sur l'écoute, une sur le vocabulaire, valables pour les vingt-trois
Rangé par langueL'écoute de l'allemand et l'écoute du chinois, écrites séparément
Ce que veut dire écouterUne réponse pour toutesQuatre tons déjà passés, ou un verbe qui attend la fin
Ce que coûte le vocabulaireDes mots que vous ne savez pas encoreUn lexique savant déjà payé, ou quelques milliers de caractères
Comment on retient un motUn seul calendrier, et c'est le bonLe même calendrier, réécrit vingt-trois fois
Ce que fait un débutant en semaine unLes sons d'abord, toujoursUn alphabet en une matinée, ou un mois de consonnes de gorge

Elle ne dit pas le coût du choix. Rangée par langue, une phrase vraie pour toutes doit être écrite vingt-trois fois, et c'est pour cela que presque personne ne range de ce côté.

Un francophone qui ouvre l'allemand possède déjà le ü et le ö : le ü allemand est le u de rue, et le ö est le eu de feu. Il possède le genre grammatical, qui ne lui demande aucun effort de principe. Il possède la distinction entre du et Sie, qui est celle de tu et de vous. Un anglophone n'a aucun des trois, et les voyelles antérieures arrondies sont le mur contre lequel il bute pendant des mois.

Le prix d'une langue n'est donc pas une propriété de cette langue. C'est une propriété du couple qu'elle forme avec celle d'où vous partez, et ce couple déplace tout le tarif.

Vingt-trois langues et une méthode, donc, et non cinq compétences. Grammaire, vocabulaire, prononciation, compréhension et expression sont des catégories réelles, mais elles portent le même nom d'une langue à l'autre en désignant des factures qui n'ont rien de commun.

Le classement se fait par langue, parce que la facture se calcule par paire

La plus grande partie de ce qui s'écrit sur l'apprentissage des langues est rangée dans l'autre sens, par compétence : un texte sur la mémorisation du vocabulaire, un sur la compréhension orale, un sur la peur de parler, chacun censé servir toutes les langues à la fois. Rangé ainsi, un texte ne peut dire que ce qui est vrai de toutes, et ce qui est vrai de toutes tient en une page.

Rangé par langue, les mêmes cinq intitulés se mettent à dire quelque chose. Le vocabulaire de l'espagnol n'est pas un problème de quantité pour un francophone : une grande part du lexique savant est déjà là. C'est un problème de faux amis, et un faux ami se paie en public. Nadia Bouhadi, de Roubaix, arrive en retard à une réunion à Saragosse et s'annonce embarazada. En espagnol, embarazada veut dire enceinte, pas gênée.

Le vocabulaire de l'allemand est un problème de décodage : un composé jamais vu se démonte en morceaux déjà connus. Celui de l'arabe est un problème de racine : une forme apprise fait arriver douze mots avec elle. Celui du chinois n'est ni l'un ni l'autre, parce que l'unité qui porte le sens est le caractère, et qu'il y en a quelques milliers.

Il existe exactement un endroit où le découpage par compétence est le bon, et il a son entrée à lui. L'espacement des révisions, l'immersion et la recherche de quelqu'un avec qui pratiquer ne changent pas quand la langue change, si bien qu'apprendre une langue les tient une fois au lieu de vingt-trois.

Une langue jusqu'à B1 avant d'en ouvrir une deuxième

Le mauvais ordre qui coûte le plus cher n'est pas la grammaire avant les sons. C'est deux langues commencées à trois semaines d'intervalle, sur l'idée que la seconde est presque gratuite puisque la première avance bien. Pour un francophone, cette seconde langue est presque toujours une autre langue romane, et c'est exactement la paire où l'interférence est maximale.

Après six mois passés sur l'espagnol, l'italien paraît offert. Il l'est en lecture. Il ne l'est pas en production, et les deux systèmes se confondent à l'endroit précis où il faut choisir une terminaison. Le portugais tend le même piège en pire, parce que la ressemblance écrite y est plus grande encore et que la distance sonore, elle, est réelle.

L'autre mauvais ordre est plus discret et coûte des semaines : comparer six applications et choisir un système de fiches au lieu d'apprendre vingt mots. Il en existe une version proprement française, qui consiste à passer trois semaines à chercher quelle certification le CPF financera avant d'avoir ouvert la langue une seule fois. C'est la forme locale du blocage : on ne s'arrête pas devant l'allemand, on s'arrête devant le formulaire qui décide s'il sera financé.

À l'intérieur d'une langue, l'ordre est moins discuté qu'il n'y paraît. Les sons d'abord, et c'est le seul point sur lequel il vaut la peine d'être dogmatique, parce que ce que fait votre bouche le premier mois est ce qu'elle continuera de faire. Les consonnes de gorge de l'arabe et les quatre tons du chinois ne sont pas de la matière avancée. Ce sont des semaines un.

Pour un francophone il faut ajouter une ligne qu'aucune méthode écrite pour des anglophones n'a de raison d'écrire. Le français place l'accent à la fin du groupe et il ne distingue jamais deux mots. Huit des langues rangées ici ont un accent tonique qui, lui, distingue. C'est la seule dépense que le français ne remise sur aucune d'entre elles, et elle se règle en semaine un ou pas du tout. La prononciation anglaise est l'endroit où le montant se voit le mieux.

Le deuxième mois

Six semaines que tout le monde traverse, et dans lesquelles la plupart s'arrêtent

Le haut est large parce que le premier mois a été conçu pour l'être. Le goulot est étroit parce que rien n'a été conçu pour le deuxième.

  1. Tous ceux qui installent l'applicationLe premier mois, où chaque séance finit sur quelque chose de neuf
  2. Ceux qui l'ouvrent encore en semaine sixLes phrases qu'ils veulent dire sont plus longues que les exercices
  3. Ceux qui cherchent autre chose à faireLa récompense a cessé d'arriver et rien n'a pris sa place
Le deuxième moisSix semaines à consolider ce que l'on sait à moitié, ce qui ne donne aucun résultat un jour donné
  1. Quelqu'un à qui parler qui ne se lasse pasCe qui paie à la semaine au lieu de payer au jour
  2. De la matière faite pour des natifs, avec deux pistes de sous-titresL'écoute, que presque tout le monde garde pour la fin
  3. Un calendrier de révision que l'on n'a pas inventé soi-mêmeMaintenant qu'il y a de quoi programmer
  4. B1, et une langue qui répondLà où attend le blocage suivant, et ce n'est pas le même animal

Elle ne dit pas combien passent. Personne ne compte ceux qui se sont arrêtés sans le dire, parce que s'arrêter sans le dire ne produit aucune donnée.

Le blocage n'est pas le deuxième mois, c'est le premier moment où il faut produire

Le deuxième mois existe aussi en France. Le premier est construit pour vous : tout est neuf, chaque séance se termine sur quelque chose qu'on ne savait pas faire en la commençant, et les applications gratuites sont réglées sur ce sentiment. Le deuxième le retire. Les phrases qu'on veut dire deviennent plus longues que les exercices, et consolider ce qu'on sait à moitié ne donne rien de visible un jour donné.

La forme française du blocage est plus précise que cela. L'école enseigne les langues par la grammaire écrite, la version et le thème, si bien qu'un adulte scolarisé en France lit une langue étrangère deux niveaux au-dessus de ce qu'il sait en produire. Mathieu Le Guen, de Quimper, lit un article de presse allemand sans dictionnaire et met huit secondes à commander un café à Fribourg. Il en conclut qu'il manque d'assurance et se remet à la grammaire.

Ce n'est pas un manque d'assurance. C'est que ces mots n'ont jamais été récupérés que dans un seul sens. Le diagnostic est faux et le traitement l'aggrave, puisque plus de grammaire écrite creuse exactement l'écart qu'elle est censée combler. Les paliers décrit les blocages suivants, vers B1 puis vers B2, et la grammaire écrite n'en vient pas davantage à bout.

Le signal

L'aisance se mesure dans le recouvrement, et le vocabulaire fait grossir le mauvais cercle

Les deux cercles sont faits des mêmes mots. Un seul a été travaillé dans le sens qu'une conversation demande.

  • Ce que vous comprenezGrandit le plus vite, et c'est ce qu'un contrôle évalue
  • Ce que vous produisezGrandit le plus lentement, et c'est ce qu'évalue la personne qui attend
Ce que vous atteignez à temps

Les deux cercles sont dessinés de la même taille, ce qui est flatteur. Chez un adulte scolarisé en France, celui de la compréhension fait plusieurs fois l'autre, et c'est cette forme que l'on prend pour un manque d'assurance.

Ce qu'on ouvre en 2026, et ce que le CPF paie réellement

Anki reste l'outil de répétition espacée, ce qui est étrange à écrire d'un logiciel qui a cette allure. Il a remplacé les fiches en carton et survécu à dix ans de start-up montées pour le remplacer, parce que le produit est l'ordonnancement et non l'interface. Gratuit sur ordinateur et sur Android, payant une fois pour toutes sur iOS, et ce prix mérite d'être dit plutôt que sauté. L'erreur habituelle consiste à le remplir de mots jamais rencontrés dans une phrase.

Language Reactor et les couches de navigateur du même genre valent plus que n'importe quelle application. Elles posent deux pistes de sous-titres sur la même vidéo, la langue visée et la vôtre, et laissent s'arrêter sur une ligne pour la démonter. Elles ont remplacé la pause, le retour en arrière et le dictionnaire dans l'autre main.

Le nouvel outil, depuis 2023, est un modèle avec qui parler. Il a remplacé l'heure de tuteur à horaire fixe et le correspondant qui se lasse, et il répond exactement à ce qui manque au deuxième mois. Ses limites se disent simplement : il n'entend pas votre prononciation, puisqu'il lit du texte, et il acceptera des phrases qu'aucun locuteur natif ne produirait. Pour qui travaille sous contrainte d'hébergement français ou européen, Mistral est le seul de la liste qui puisse être utilisé du tout, et c'est une question de droit avant d'être une question de goût.

Duolingo, enfin, est là où se trouvent la plupart des lecteurs, et il convient au premier mois. Ses exercices restent courts parce que c'est ce qui entretient une série, et la phrase qu'on veut dire en semaine neuf est plus longue qu'aucun d'eux.

Reste l'argent, et il est français. Le compte personnel de formation est ce qu'un lecteur d'ici ouvre avant d'ouvrir une langue, et ce qu'il finance n'est pas ce que l'on croit.

  • 500 € par année de travail, plafonnés à 5 000 €.
  • 150 € de participation restent à votre charge sur chaque achat, indexés sur l'inflation et revus chaque 1er janvier.
  • Depuis le 21 février 2026, une certification du répertoire spécifique, le TOEIC compris, ne tire plus que 1 500 € des droits annuels.
  • Ce qui est financé est la formation qui débouche sur une certification enregistrée.
  • Ce qui ne l'est pas : l'abonnement, l'heure de tuteur, et le temps.

Autrement dit, le CPF paie l'examen, pas les heures. C'est une bonne raison de choisir une langue dont la certification vous sert, et une mauvaise raison de confondre la certification avec l'apprentissage. Les examens d'anglais détaille ce que chacun mesure réellement.

Le signal se mesure en production, et il se vérifie en trois minutes

L'aisance n'est pas une quantité de mots. C'est la vitesse à laquelle on atteint une quantité plus petite pendant que quelqu'un attend la fin de la phrase. La distinction compte parce que les deux grandeurs progressent à des rythmes différents, et que l'écart s'ouvre au lieu de se refermer à mesure que la lecture s'améliore.

La version vérifiable, à trois mois, tient en deux épreuves. Prononcez à voix haute un mot de trois syllabes ou plus que vous n'avez jamais dit, et écoutez où tombe l'accent : en anglais, photography prend l'accent sur la deuxième syllabe, et un francophone le pose sur la dernière. Puis prenez un texte que vous lisez sans dictionnaire et redites-en deux phrases sans le regarder.

L'écart entre ces deux épreuves est le montant que l'école vous a laissé à payer.

Du livre à la rue

La distance entre la langue du manuel et la langue de la pièce

Tout cours enseigne un standard écrit. La distance entre ce standard et ce qu'une pièce dit réellement est une propriété de la langue, pas du cours.

Placement selon la part d'une conversation ordinaire qui reste hors de portée après un cours sur manuel. Un jugement, porté ici, et non une mesure.

  1. L'espagnolCe qui se lit et ce qui s'entend se tiennent tout près
  2. L'allemandLe standard est réellement parlé, et les dialectes l'ignorent
  3. Le persanLe même écart, plus petit, porté par les verbes
  4. L'arabeUn standard écrit que personne n'a parlé en grandissant
Le livre est ce que les gens disentLe livre est un second registre

Elle ne dit rien de la difficulté, qui est un autre axe. L'arabe est loin de sa forme parlée et l'espagnol en est proche, et aucun des deux faits ne dit combien de temps l'un ou l'autre demande.

Vingt-trois langues, et par où entrer

Le chiffre que tout le monde cite pour choisir vient du Foreign Service Institute américain : de 600 à 750 heures pour une langue proche et 2 200 pour une lointaine, jusqu'à un niveau professionnel, avec environ 1 100 heures pour les langues du milieu. Il a été mesuré sur des diplomates anglophones, à raison d'environ vingt-cinq heures par semaine.

La correction française est double. Les langues romanes descendent réellement, parce que le lexique et le subjonctif sont déjà payés. Les quatre langues de la dernière catégorie ne bougent pas d'un pouce, parce que ce qui les rend chères, le ton, le caractère et la racine, ne se remise sur rien de ce que le français donne. Et le tableau ne peut pas montrer l'accent tonique, puisque pour un anglophone il est gratuit.

L'anglais est la plus large des vingt-trois, douze entrées contre cinq à sept ailleurs, parce que c'est la seule qui doive aussi porter les examens, l'anglais qui décide un entretien, et son enseignement. C'est là que la plupart des lecteurs arrivent.

Les autres ne sont pas une seule entrée dont on change le nom. L'allemand demande d'attendre le verbe, ce qui en fait une difficulté d'écoute longtemps avant d'être une difficulté de grammaire. Le portugais et le polonais tendent au francophone une monnaie qu'il a déjà : les voyelles nasales du portugais et du polonais sont déjà celles du français, et un anglophone les paie plein tarif. Et le français ne s'adresse pas ici à quelqu'un qui l'apprend, mais à quelqu'un qui l'écrit tous les jours.

Un axe sépare ces entrées plus sûrement que la difficulté : la distance entre la langue du manuel et celle de la pièce. Elle est maximale pour l'arabe, dont le standard écrit est une langue que personne n'a parlée en grandissant, si bien qu'une année de cours peut laisser incapable de suivre une conversation à Alger. L'allemand a des dialectes qui ignorent le standard. L'espagnol n'a presque pas ce problème.

Pour qui apprend une langue à cause du travail, la compétence voisine est la communication professionnelle, et c'est une compétence distincte, puisqu'on perd des réunions avec un anglais excellent. Savoir si une langue vaut 500 € de droits est une question de carrière avant d'être une question de langue. Et obtenir d'un modèle une correction plutôt qu'un encouragement est affaire de formulation, ce qu'enseigne le prompt engineering.

Reste à savoir laquelle ouvrir, et la forme utile de cette question n'est pas laquelle est la plus facile. C'est laquelle vous ouvrirez encore en semaine sept, parce que la semaine sept est la seule qui décide de quelque chose. Le choix de la langue est où cela se discute.

À côté

Au-dessus