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Apprendre le suédoisles langues

Le y et le ö sont déjà français et la grammaire est plus légère que la vôtre. Tout ce qui reste à payer tient dans deux tons posés sur la même syllabe.

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Un seul nom

Quatre formes, et elles ne se devinent pas les unes à partir des autres

Une liste de vocabulaire donne la première et laisse les trois autres dans le noir. Les quatre s'apprennent ensemble ou la carte ne sert à rien.

  1. ett husIndéfini singulier. La seule forme que donne une liste
  2. husetDéfini singulier. L'article est soudé à l'arrière
  3. husIndéfini pluriel. Identique au singulier, pour cette classe
  4. husenDéfini pluriel. Et rien dans les trois autres ne l'annonçait

Cette classe de noms ne change pas au pluriel indéfini, ce qui est une facilité et un piège : la forme paraît connue et le défini pluriel reste à apprendre.

anden veut dire le canard ou l'esprit selon le ton. Même orthographe, mêmes lettres, même accentuation, et deux mots que rien ne sépare qu'une mélodie posée sur les deux syllabes. Le suédois a deux accents de hauteur, et il s'en sert pour distinguer des mots.

C'est la seule dépense sérieuse de cette entrée, et elle est presque absente des manuels, qui la mentionnent en une page. Tout le reste est plus léger que ce dont un francophone a l'habitude : jag talar, du talar, hon talar, une seule forme au présent pour toutes les personnes, et pas un accord d'adjectif à mémoriser en plus du genre.

Les sons, eux, sont largement prêtés. le y suédois est le u de rue, le ö est le eu de feu, et un anglophone paie ces deux voyelles pendant des mois. Ce que les langues mesure par couple se voit ici en une ligne : la grammaire est offerte, la mélodie ne l'est pas.

Un nom, c'est quatre formes, apprises ensemble ou pas du tout

Le suédois soude l'article défini à l'arrière du nom au lieu de le poser devant. hus devient huset, une maison devient la maison, sans qu'aucun mot ne s'ajoute.

  • en et ett. Deux genres, et le choix décide de toutes les autres formes du nom. Aucune règle générale ne dit lequel un mot prend.
  • det stora huset, l'article est dit deux fois. Dès qu'un adjectif arrive, l'article revient devant tout en restant collé derrière, si bien que la grande maison porte deux marques du défini.
  • tomten est le terrain ou le père Noël selon le ton. Le second couple minimal, et il est mieux connu que le premier pour des raisons de calendrier.

Les quatre formes d'un nom, indéfini singulier, défini singulier, indéfini pluriel et défini pluriel, s'apprennent ensemble. Apprendre le seul singulier indéfini, ce que fait toute liste de vocabulaire, laisse trois formes à deviner et elles ne se devinent pas. La grammaire suédoise tient le système, qui est court.

La mélodie travaille, et personne ne l'enseigne

Les deux accents suédois ne sont pas des ornements régionaux. L'accent simple porte un sommet, l'accent double en porte deux, et le choix distingue des paires de mots courants comme les deux ci-dessus.

Pour un francophone la difficulté est d'une nature particulière. Le français ne place aucun accent lexical, donc il n'y a rien à défaire ; il n'y a aussi aucune habitude sur laquelle s'appuyer, et l'oreille ne cherche pas spontanément une information là. Un anglophone au moins écoute déjà des sommets, même s'il les place autrement.

La conséquence est nette : la mélodie ne s'attrape pas en écoutant distraitement, il faut la chercher. Trois minutes par jour à imiter des paires enregistrées valent mieux qu'une heure de podcast, et la prononciation suédoise est la seule page de cette entrée à ouvrir tôt.

L'État a déjà réglé le problème de la pratique, pour certains

Voici la particularité suédoise, et elle n'a pas d'équivalent ailleurs dans ce pilier. La Suède finance des cours de suédois pour les personnes qui y résident, gratuitement, et ces cours sont l'un des rares dispositifs au monde où la pratique est fournie plutôt que cherchée.

Cela partage les lecteurs en deux d'une façon très nette. Qui s'installe en Suède a la question résolue et un examen au bout, ce que le SFI et le Swedex détaille. Qui apprend depuis la France a le problème inverse de partout ailleurs : la grammaire est facile, les ressources gratuites sont abondantes, et il n'y a personne à qui parler.

Et comme aux Pays-Bas, la maîtrise de l'anglais y est générale, si bien qu'un séjour ne garantit rien du tout. Hélène Fauchard, ingénieure à Nantes, passe deux semaines par trimestre à Göteborg depuis deux ans et n'a jamais tenu dix minutes en suédois : ses collègues basculent avant qu'elle ait fini sa deuxième phrase.

Ce que la grammaire suédoise ne demande jamais

La liste de ce qui n'existe pas est plus instructive que celle de ce qui existe. Aucun accord de personne sur le verbe, aucun cas, aucun subjonctif vivant, et un seul auxiliaire au passé composé là où le français en a deux.

man säger se dit comme on dit : le suédois possède un pronom impersonnel qui recouvre exactement l'emploi du on français. Un anglophone doit rendre cela par des tournures passives et l'apprendre comme une difficulté ; ici la correspondance est directe et elle rend immédiate une classe entière de phrases.

La composition est l'autre économie. hand et duk donnent handduk, une serviette, et le procédé est productif, si bien qu'un mot jamais vu se démonte au lieu de s'apprendre. Le suédois soude ces composés en un seul mot, et les couper est la faute la plus visible qu'un francophone puisse commettre à l'écrit.

La mélodie

Ce que l'accent de hauteur décide, et ce qu'il ne décide pas

Deux lignes changent le mot. Une ne change rien du tout. Et deux, personne ne les a mesurées pour un francophone, parce que la question ne se pose pas dans les manuels.

Ce que la hauteur porte

  1. Ouianden est le canard ou l'espritDeux mots courants, séparés par la mélodie seuleOui
  2. Ouitomten est le terrain ou le père NoëlLa paire que tout le monde cite, et elle est réelleOui
  3. NonSe tromper d'accent rend la phrase incompréhensibleNon. Le contexte tranche presque toujours, ce qui est précisément pourquoi l'erreur dureNon
  4. NonUn francophone l'entend sans entraînementLe français ne place aucun accent lexical, donc rien ne prépare l'oreille et rien ne la gêneNon
  5. Non vérifiéLes dialectes le placent au même endroitLa distribution varie d'une région à l'autre, et le finnois de Finlande ne l'a pas du toutNon vérifié

Les deux tirets sont la partie honnête. La troisième ligne est un non franc et elle explique tout le reste : rien dans une conversation ne signale l'erreur, donc rien ne la corrige.

L'ordre des mots est la seule grammaire qui résiste

Le suédois place le verbe conjugué en deuxième position, comme l'allemand et le néerlandais. Dès qu'une phrase s'ouvre sur autre chose que le sujet, le sujet passe derrière le verbe, et cela vaut aussi après une subordonnée entière placée en tête.

C'est le seul endroit où la grammaire suédoise coûte quelque chose, et c'est aussi le seul point que la ressemblance avec l'anglais rend traître : le vocabulaire suggère qu'on peut poser les mots dans l'ordre anglais, et l'ordre anglais est faux ici une fois sur trois. Le vocabulaire suédois montre l'ampleur de cette ressemblance, qui est réelle et qui endort.

La subordonnée renverse une chose de plus, et les Suédois l'enseignent eux-mêmes sous forme de règle. jag talar inte, mais att jag inte talar : la négation suit le verbe dans une principale et le précède dès que la proposition est subordonnée. C'est mécanique, cela ne s'entend presque pas, et cela se voit du premier coup à l'écrit.

Deux références gratuites et les nouvelles en phrases courtes

Svenska.se est le point d'entrée gratuit et il interroge d'un coup les dictionnaires de l'Académie suédoise, ce qui règle en une recherche la question de savoir si une forme existe et si elle est courante. Il a remplacé les trois volumes qu'il fallait consulter séparément.

8 Sidor est le journal en suédois facile, gratuit, quotidien, publié par une agence d'État, et écrit en phrases courtes pour être compris du premier coup. Il a remplacé le texte gradué de manuel, qui était écrit pour illustrer une leçon plutôt que pour dire quelque chose.

Anki compte ici pour une raison suédoise : une carte doit porter les quatre formes du nom et le genre, sinon elle enseigne un mot dont on ne saura dire ni le pluriel ni le défini. C'est une décision à prendre le premier jour, et la compréhension orale en suédois montre pourquoi le défini compte davantage à l'oreille qu'à l'oeil.

Laquelle des trois vous vouliez

Le suédois, le danois et le norvégien s'écrivent assez près les uns des autres pour qu'un lecteur de l'un lise les deux autres avec peu d'effort. La parole, elle, les sépare nettement, et c'est le sens dans lequel le choix compte.

Si la grammaire germanique légère est ce qui a plu et que la mélodie décourage, le néerlandais offre la même économie de morphologie sans accent de hauteur, en échange d'un ordre des mots plus lourd. L'allemand est l'autre direction, avec les cas en plus et une place bien plus grande dans le monde du travail.

Et si le vrai obstacle est qu'il n'y a personne à qui parler depuis la France, la question n'est plus suédoise. Apprendre une langue la traite, et sa réponse tient en une ligne ici : il faut acheter l'interlocuteur, parce qu'aucune circonstance ne le fournira.

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