Faragiri

Apprendre le chinoisles langues

Deux séries d'occlusives que le français range de travers, un pinyin que l'oeil français nasalise, et zéro conjugaison en échange de tout cela.

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Un caractère, ouvert

Un caractère est deux choses connues dans un arrangement

Une pièce pointe vers le sens et une pièce pointe vers le son, et les deux sont des caractères déjà rencontrés ailleurs.

la mère, un caractère

  • La pièce femmeÀ gauche, elle dit à quelle famille d'idées cela appartient
    • Aussi dans soeur, tante et se marierApprise une fois, puis reconnue au lieu d'être redessinée
  • La pièce chevalÀ droite, et elle n'apporte rien du tout au sens
    • Un caractère entier à elle seule, qui se dit maC'est pour cela que le mot mère se dit ma
    • Aussi dans la particule interrogative et dans gronderTous deux prononcés ma également

La moitié sonore est peu fiable sans être inutile : elle ramène quelques milliers de candidats à une poignée, ce qui sépare le souvenir du tirage au sort.

爸 bà et 怕 pà ne diffèrent que par le souffle. Papa et avoir peur, même ton, même voyelle. Le chinois n'a pas de consonne sonore : ce que le pinyin écrit b est un p sans souffle, et ce qu'il écrit p est le même p avec un souffle.

C'est la dépense que le français est seul à faire deux fois. Un anglophone aspire déjà ses p et ses t, donc la moitié du travail lui est offerte. Le français, lui, sépare b de p par la voix, produit un vrai b sonore que le chinois n'a nulle part, et n'aspire rien. Les deux séries arrivent donc au même endroit dans son oreille.

Ce genre d'écart se répète et il n'est écrit dans aucun manuel, puisque tous sont composés pour un lecteur anglophone. Ce que les langues appelle le prix d'une paire se voit ici mieux qu'ailleurs, et il se voit avant même la première leçon, dans la façon dont on lit la transcription.

Deux séries de sons que le français range de travers

La première est celle des occlusives, et elle se règle par un exercice mécanique : une feuille de papier devant la bouche, qui doit bouger sur pà et rester immobile sur bà. Cela prend une semaine et ne se rattrape pas plus tard, parce qu'une habitude articulatoire posée le premier mois est celle qu'on garde.

La seconde est propre à l'oeil plutôt qu'à l'oreille, et elle est plus coûteuse parce que rien ne la signale. le an de shān se prononce a puis n, jamais comme le an français. Le pinyin écrit an, en, ang, ong, et un lecteur français y voit ses propres voyelles nasales, qui n'existent pas en chinois. Chaque fois qu'il lit un nom propre, il installe une prononciation fausse et il l'installe avec confiance.

La liste des pièges est courte et fermée. Le u après j, q, x et y se lit ü. Le e seul n'est ni é ni è. Le i après zh, ch, sh, z, c et s n'est pas un i. Et ou se lit o puis ou, non pas comme le ou de nous. Le pinyin les prend un par un, et c'est la page à lire avant celle des caractères, contrairement à ce que l'ordre des manuels suggère.

Quatre tons, et le cinquième qui n'en est pas un

quatre tons et un ton neutre. mā, má, mǎ, mà sont quatre mots : la mère, le chanvre, le cheval, gronder. Un ton n'est pas un ornement posé sur une syllabe, c'est une partie de laquelle des quatre on vient de prononcer, et chacun se définit contre les trois autres.

Le français aide sur un point et gêne sur un autre. Il aide parce que le deuxième ton monte comme monte une question française, ce qui donne un repère immédiat. Il gêne davantage, parce que le français pose son intonation sur le groupe entier et non sur la syllabe : une phrase française finit en montant ou en descendant, et cette habitude écrase les tons dès qu'on cesse de parler lentement.

C'est pourquoi les quatre tons sont faciles sur une fiche et disparaissent dans une phrase. Marion Delaunay, ingénieure à Rennes, obtient quatre-vingt-quinze pour cent sur ses cartes de tons et se fait répéter trois fois une adresse dans un taxi. La fiche mesure une syllabe isolée et la rue mesure une chaîne. Les tons traite la première, la compréhension orale en chinois la seconde, et il faut les deux.

Un caractère est un petit nombre de pièces réemployées

un caractère n'est pas une lettre. Il n'est pas non plus un dessin à mémoriser en bloc : la plupart des caractères sont deux pièces déjà rencontrées, l'une qui pointe vers le sens et l'autre vers le son.

妈 se lit ma parce que 马 se lit ma. La partie gauche, la femme, dit à quelle famille d'idées le caractère appartient et se retrouve dans soeur, tante et se marier. La partie droite, le cheval, n'apporte rien au sens et donne la prononciation, et elle sert aussi dans la particule interrogative et dans le verbe gronder, tous deux prononcés ma.

La moitié phonétique est peu fiable et elle n'est pas inutile pour autant : elle ramène quelques milliers de candidats à une poignée, ce qui est la différence entre se souvenir et tirer au sort. Les caractères en tient le système, et le vocabulaire chinois montre l'étage au-dessus, où deux caractères connus forment un mot dont le sens se devine souvent.

Une syllabe

Quatre mots, et la seule différence est la forme de la hauteur

Un ton n'est pas un ornement posé sur une syllabe. C'est une partie de laquelle des quatre on vient de dire, et chacun se définit contre les trois autres.

  1. Platma tenu haut et immobile, et c'est la mère
  2. Montantma qui monte comme monte une question française, et c'est le chanvre
  3. Creuséma qui descend puis remonte, et c'est le cheval
  4. Descendantma lâché sec du haut vers le bas, et c'est gronder

Les quatre sont faciles dits lentement dans une pièce calme. Aucune de ces formes n'atteint une phrase intacte, et c'est pourquoi la fiche et la rue ne sont pas d'accord.

Aucune conjugaison ne veut pas dire aucune grammaire

L'étage au-dessus des caractères rend une partie de l'effort. 电脑 diànnǎo, cerveau électrique, est un ordinateur, 火车 est un véhicule de feu et 飞机 une machine volante. Deux caractères connus forment un mot dont le sens se devine souvent, ce qui rend les cinq cents premiers caractères bien plus rentables que les cinq cents suivants.

il n'y a aucune conjugaison. Pas de temps, pas de personne, pas de nombre, pas de genre, pas d'accord. Pour un francophone, qui a passé des années scolaires sur des tableaux de verbes et qui écrit encore une langue où le participe s'accorde, c'est la remise la plus spectaculaire de tout cet atlas.

Ce que le chinois demande en échange est ailleurs et il faut le dire honnêtement. L'ordre des mots porte tout, puisque rien d'autre ne varie. Les particules aspectuelles, le classificateur obligatoire entre le nombre et le nom, et les constructions de comparaison sont autant de règles fixes qu'aucune terminaison ne vient rappeler. La grammaire chinoise les tient, et elle est plus courte qu'une grammaire française tout en étant moins pardonnante.

Le classificateur est celui qui surprend le plus, parce que le français n'en garde que des traces. 一本书 yi ben shu, un livre, avec ben entre le nombre et le nom, et ce ben n'est pas facultatif : chaque catégorie d'objets a le sien, un pour ce qui est plat, un autre pour ce qui est long, un autre pour une personne qu'on respecte. Le français dit une tête de bétail et un grain de riz, puis s'arrête ; le chinois le fait pour tout ce qui se compte.

Un dictionnaire sur lequel tout le reste est bâti

Pleco est l'application, et elle fait une chose qu'aucun dictionnaire papier ne pouvait faire : chercher un caractère en le dessinant, ou en le visant avec l'appareil photo. Pour une écriture où l'on ne peut pas taper ce qu'on ne sait pas lire, cela change la nature de la consultation. L'application de base est gratuite et les dictionnaires supplémentaires sont payants.

CC-CEDICT est le fonds sur lequel presque tout le reste s'appuie, y compris une partie de Pleco. Il est gratuit et sous licence ouverte, consultable par une interface comme MDBG, et il a remplacé le dictionnaire imprimé rangé par nombre de traits, qui demandait de savoir compter les traits d'un caractère avant de pouvoir le chercher.

Le HSK est l'échelle officielle et il vaut d'être compris avant d'être visé. Il fixe une liste de caractères et de mots par palier, ce qui en fait un programme de vocabulaire autant qu'un examen, et c'est la raison pour laquelle presque tous les manuels s'alignent dessus. Il se passe en France, il est payant, et les niveaux du HSK disent ce que chaque palier suppose réellement acquis.

Ce qui vous a fait venir, les caractères ou les tons

Deux lecteurs qui ont suivi le même cours ne veulent pas la même chose, et cela se voit au douzième mois. Celui que l'écriture intéresse a devant lui un travail long, régulier et cumulatif, dont chaque semaine paie la suivante.

Celui qui voulait parler a un travail plus court et beaucoup moins confortable, parce qu'il se mesure devant quelqu'un. Les deux se poursuivent, et confondre l'un avec l'autre est la façon habituelle de passer trois ans à reconnaître des caractères sans tenir une conversation.

Si c'est l'écriture qui a plu, le japonais réemploie les mêmes caractères avec deux lectures par signe et une grammaire entière par-dessus, ce qui est un marché différent et non une remise. Apprendre une langue fixe la cadence, et elle compte double ici, puisque les caractères se perdent plus vite que les mots d'une langue alphabétique.

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