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Apprendre le coréenles langues

La dépense lourde du coréen pour un francophone n'est ni l'alphabet ni la grammaire. Elle tient dans trois consonnes que le français range dans une seule case.

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La première année

La route vous renvoie deux fois aux lettres

Apprendre l'alphabet n'est pas une étape que l'on termine. C'est une étape à laquelle on revient, une fois pour la prononciation et une fois pour entendre où les mots s'arrêtent.

  1. 01Les lettres, en une matinéeDes formes qui décrivent la bouche en train de les produire
  2. 02Lire un panneau à voix hauteLentement, et sans la béquille de la transcription
  3. 03Retour aux lettresLes règles de son les reforment à chaque frontière
  4. 04Phrases, particules, terminaisonsLa grammaire, qui est régulière et patiente
  5. 05Retour aux lettres encoreParce qu'un mot entendu ne correspond plus à l'orthographe apprise
  6. 06Suivre une conversationLà où les deux retours finissent par se rembourser

Rien ici n'est en désordre. Le double retour est la forme que prend un parcours quand l'écriture conserve le mot et que la parole le remodèle.

달 dal, 탈 tal et 딸 ttal sont trois mots. La lune, le masque, la fille. Le français en entend deux au mieux, et le plus souvent un seul répété trois fois.

La raison est nette et elle décide de toute la première année. le coréen n'oppose pas sourde et sonore : ses trois séries d'occlusives sont la simple, l'aspirée et la tendue, et aucune n'est un b français. Le français, lui, ne connaît qu'une opposition, celle de la voix, et il l'applique d'office. Un anglophone en récupère deux sur trois, parce que sa langue aspire déjà ; un francophone en récupère une.

De tout ce que les langues facture à un lecteur d'ici, c'est le poste le plus lourd, et il est invisible dans les manuels, qui la traitent en une page parce qu'elle en vaut une pour leur lecteur habituel. Tout le reste de cette entrée est plus facile qu'annoncé, à commencer par l'écriture.

Trois séries là où le français en a deux

La série simple n'est ni sourde ni sonore à l'oreille française : elle est faiblement articulée, sans souffle, et elle se voise entre deux voyelles, si bien que le même signe s'entend k puis g dans le même mot. La série aspirée sort avec un souffle net. La série tendue se fait gorge serrée, sans souffle du tout, et c'est celle qui n'a aucun analogue français d'aucune sorte.

  • 불 bul, 풀 pul et 뿔 ppul sont trois mots. Le feu, l'herbe, la corne. Même voyelle, même finale, et trois consonnes pour lesquelles le français ne tient qu'un seul casier.
  • le verbe arrive en dernier. Une relative entière se glisse devant le nom qu'elle décrit, sans aucun pronom pour l'annoncer.
  • deux systèmes de nombres, et les deux servent le premier mois. Un fonds coréen et un fonds venu du chinois, employés pour des choses différentes, l'heure prenant même les deux dans la même phrase.

Le remède pour la première ligne n'est pas l'écoute, elle ne suffit pas. C'est la production enregistrée et comparée, trois minutes par jour pendant six semaines, et la prononciation coréenne est la seule page de cette entrée qu'il faut ouvrir avant toutes les autres.

L'orthographe garde le mot et non le son

같이 s'écrit gat-i et se dit gachi. Le coréen écrit ce qu'est le morceau de mot et laisse la prononciation le remodeler ensuite : 좋아요 s'écrit joh-a-yo et se dit joayo, 학년 s'écrit hak-nyeon et se dit hangnyeon.

Un anglophone trouve cela scandaleux. Un francophone devrait trouver cela normal, et c'est le seul avantage d'attitude que le français donne ici : une langue qui écrit parle, parles et parlent de trois façons pour un seul son, et qui fait apparaître un z entre les amis, ne peut pas s'étonner qu'une orthographe conserve le mot plutôt que sa réalisation.

L'avantage est réel et il s'arrête à l'attitude. Les règles coréennes, elles, doivent s'apprendre une par une, et elles sont la raison pour laquelle un mot entendu ne ressemble pas à l'orthographe qu'on a apprise. C'est aussi pourquoi la route revient deux fois aux lettres au lieu de les quitter.

La route revient deux fois aux lettres

Le hangeul s'apprend en une matinée, ce qui est vrai et régulièrement mal compris. Apprendre les lettres n'est pas une étape que l'on termine : c'est une étape à laquelle on revient, une fois pour la prononciation et une fois pour entendre où les mots s'arrêtent.

Le premier retour arrive quand les règles de liaison reforment chaque frontière. Le second arrive plus tard, quand un mot entendu cesse de correspondre à l'orthographe apprise et qu'il faut relire l'alphabet avec les règles dessus. Rien de tout cela n'est en désordre : c'est la forme que prend un parcours quand l'écriture conserve le mot et que la parole le remodèle.

Entre les deux retours se place la grammaire, qui est régulière et patiente, et qui est la bonne surprise de cette langue. La grammaire coréenne pose des particules et des terminaisons qui s'empilent dans un ordre fixe, sans genre, sans accord et sans irrégularités en nombre.

L'alphabet a attendu quatre siècles et demi

le hangeul a un auteur, une date et un mode d'emploi, ce qu'aucune autre écriture en usage ne peut dire. Achevé en 1443, publié en 1446 avec un document expliquant la forme de chaque lettre, il a ensuite été très largement ignoré par ceux qui écrivaient, et il n'est devenu l'écriture officielle qu'en 1894.

Ces quatre siècles et demi expliquent le vocabulaire bien plus que l'alphabet. Pendant tout ce temps l'écrit sérieux se faisait en chinois classique, ce qui a déposé dans la langue un second fonds lexical, sino-coréen, à côté du fonds coréen. Les deux coexistent, ils ne s'emploient pas dans les mêmes contextes, et le vocabulaire coréen tient la répartition. Ils se partagent le travail sans se mélanger, sauf pour l'heure, qui prend les deux dans la même expression : 세 시 삼십 분, trois heures trente, avec deux systèmes de nombres dans la même phrase, le compte coréen pour les heures et le compte sino-coréen pour les minutes.

Le retrait des caractères chinois de l'enseignement dans les années 1970 a emporté avec lui ce qui séparait les homophones à l'écrit, et c'est la source de la plupart des ambiguïtés qu'un apprenant rencontre. Ni les deux vocabulaires ni les homophones ne sont des faits sur le hangeul, et les deux lui sont régulièrement mis sur le dos.

Pourquoi le vocabulaire a cette allure

Un alphabet qui a attendu quatre siècles et demi qu'on s'en serve

Le hangeul a vécu la plus grande partie de son existence sans être l'écriture officielle de quoi que ce soit, et c'est cet écart qui a déposé un second vocabulaire dans la langue.

  1. 1443AchevéAvec un document expliquant la conception de chaque lettre
  2. 1446PubliéPuis très largement ignoré par ceux qui écrivaient
  3. 1894OfficielÉcriture des documents d'État, après quatre siècles et demi de chinois classique
  4. les années 1970Les caractères chinois quittent l'écoleEmportant ce qui séparait les homophones à l'écrit

Les dates sont la raison des deux vocabulaires et des homophones, et aucune des deux choses n'est un fait sur l'alphabet.

Le niveau de langue est dans la terminaison

la politesse est dans la terminaison du verbe. Elle n'est ni un pronom ni un ton : chaque verbe se termine autrement selon la personne à qui l'on parle, et il n'existe pas de forme neutre où se poser en attendant de décider.

Le tutoiement français donne l'intuition et sous-estime la profondeur, exactement comme il le fait pour le japonais. La différence pratique est qu'un francophone tranche une fois par personne et qu'un coréanophone tranche à chaque phrase, y compris quand rien dans la situation n'a changé. Les niveaux de langue tient le système et le prix d'un mauvais choix, qui est réel et immédiat.

Un dictionnaire, deux cours gratuits, et une note sur l'anglais

Le dictionnaire Naver est gratuit et il donne ce qui manque partout ailleurs : de vraies phrases d'exemple et un enregistrement sur chaque entrée. Pour une langue dont l'orthographe et la prononciation divergent à chaque frontière de mot, l'audio sur l'entrée n'est pas un supplément, c'est la moitié de l'information.

Talk To Me In Korean publie ses leçons gratuitement depuis 2009, avec des livres en option comme colonne vertébrale. How to Study Korean est gratuit aussi et procède dans l'ordre plutôt que par consultation, ce qui en fait le plus proche d'un manuel complet accessible sans rien payer.

Reste une remarque que ce pilier doit à son lecteur et que les pages anglophones n'ont aucune raison d'écrire : les trois sont en anglais, et il n'existe pas d'équivalent français de cette qualité. Un lecteur d'ici solide en anglais paie zéro. Un lecteur faible en anglais résout deux problèmes en croyant en résoudre un, et il vaut mieux le savoir avant de conclure que le coréen est difficile.

Pour le papier, le TOPIK est l'examen officiel, il se passe en France, et les universités coréennes s'en servent comme seuil d'admission.

Ce qui vous fera continuer

La question au bout d'une première année coréenne est de savoir si ce qui vous retient est la grammaire ou le vocabulaire, parce que les deux progressent à des vitesses très différentes ici.

La grammaire est finie et régulière : elle se termine, au sens propre, et le jour où elle se termine tout ce qui reste est du lexique. Le lexique, lui, est double, et le fonds sino-coréen ne s'ouvre vraiment qu'à qui accepte de regarder les caractères dont il vient.

Si c'est ce fonds qui vous intéresse, le chinois le rend lisible d'un coup et coûte des tons en échange. Le japonais partage la structure de phrase et le système de politesse, si bien qu'il est la seule des vingt-quatre entrées où le coréen sert vraiment d'avance. Apprendre une langue tient le moment où cette avance vaut mieux qu'un impôt.

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