Une ressourcerie de Saint-Étienne demande quatre choses à Théo Marchand pour la même saison : l'affiche de son vide-grenier, la photo d'un fauteuil restauré pour la boutique en ligne, un catalogue de trente-deux pages, et la page où l'on s'inscrit aux ateliers de réparation. Un seul commanditaire, un seul après-midi de discussion, et quatre programmes différents. Aucun des quatre ne se choisit d'après le métier qu'on exerce.
Deux questions les rangent, et elles ne portent ni sur votre formation ni sur ce que vous savez déjà ouvrir. Est-ce que cela sera imprimé, ou est-ce que cela sera à l'écran ? Et est-ce une seule surface, ou beaucoup de surfaces qu'une même règle doit tenir ? Les réponses tombent dans quatre cases, et elles tombent de la même façon pour tout le monde.
Deux questions rangent le travail, et aucune ne parle de vous
Imprimé et une seule surface, c'est le vecteur, donc Illustrator, sauf quand une photographie fait le travail et que c'est alors Photoshop. À l'écran et une seule surface, c'est encore la photographie, à une taille que quelqu'un d'autre a fixée. Imprimé et beaucoup de surfaces, c'est du texte qui coule, des pages qui se numérotent seules et des styles qui tiennent, donc InDesign. À l'écran et beaucoup de surfaces, ce sont des règles pour une surface que vous ne maîtrisez pas, donc Figma.
Ce que ce rangement laisse dehors mérite d'être dit, parce que deux sujets entiers n'y entrent pas. Le dessin à la main est ailleurs, et l'illustration a ses propres programmes ; tout ce qui sera fabriqué est ailleurs aussi, parce que le fichier y est une instruction donnée à une machine et non l'image de quoi que ce soit. Les autres logiciels rassemblent le reste de ce qu'on vous mettra entre les mains, et la moitié de ce reste est là pour des raisons de client plutôt que de travail.
La part utilisée de chaque programme est courte
Chacun de ces programmes compte quelques centaines de commandes et se travaille avec une douzaine. L'ordre qui met au travail n'est pas celui d'un tutoriel : la douzaine d'outils qui font le travail, puis la façon dont le fichier est organisé, puis la fonction qui fait qu'un changement s'applique partout, puis la boîte d'export, et les effets en tout dernier. La troisième est la raison d'être du programme. Elle s'appelle style dans InDesign, composant dans Figma, objet dynamique dans Photoshop, et symbole dans Illustrator, mais c'est chaque fois la même idée : une source, beaucoup d'exemplaires.
Deux valeurs valent d'être sues avant de commencer, parce qu'elles se rattrapent mal. Dans Photoshop, le noir masque et le blanc révèle sur un masque, ce qui est l'inverse de ce que tout le monde suppose la première fois et la raison pour laquelle un détourage part à l'envers. Dans Illustrator, alignez le contour à l'intérieur pour que la forme garde sa cote : un rectangle de 50 mm avec un contour de 2 mm aligné au centre mesure 52 mm et arrive faux chez l'imprimeur. Dans InDesign, basez chaque style de paragraphe sur le style de texte courant, et changer le corps du texte courant descend alors dans les trente autres. Et un bloc rogne, un groupe ne rogne pas, ce qui explique la moitié des images qui débordent d'une maquette.
Reste une difficulté qui n'existe que pour un lecteur français, et elle coûte plus de temps que les quatre valeurs ci-dessus. Les tutoriels sont en anglais et votre logiciel est en français, donc le panneau que la vidéo montre ne porte pas le nom qu'elle prononce. Ce sont toujours les mêmes :
- Calque, pour layer.
- Plan de travail, pour artboard.
- Nuancier, pour swatches.
- Contour, pour stroke.
- Repères, pour guides.
- Fond perdu, pour bleed.
Passer l'interface en anglais est une réponse et c'est la mauvaise, parce que le devis, le cahier des charges et le coup de téléphone à l'atelier sont en français et que c'est ce vocabulaire-là qu'il faut posséder. Apprenez la correspondance une fois, dans ce sens.
Les trois formats, et le fichier qu'on garde
Un travail sort en trois formats et un seul se conserve. Un PDF pour l'imprimeur, un SVG pour le web, et le fichier natif que rien ne remplace. L'atelier veut un PDF dont les polices sont incorporées ou vectorisées, parce qu'il n'a pas votre caractère et qu'il ne l'installera pas ; le web veut un SVG pour tout ce qui est un tracé, parce qu'il reste net à n'importe quelle taille et pèse moins qu'une image de la même chose.
La règle qui sauve le plus de soirées est négative : n'aplatissez jamais le fichier que vous gardez. Un aplatissement est une sortie, jamais un enregistrement, et la ressourcerie redemandera l'affiche l'année prochaine avec une autre date dessus. C'est aussi la raison de l'ordre plus haut : apprenez la boîte d'export avant les effets, parce que le travail est l'export. Une affiche magnifique exportée en RVB sans fond perdu est une affiche à refaire, et personne dans la chaîne ne vous préviendra avant les cartons.
Les réglages qui sortent ne sont d'ailleurs pas les mêmes des deux côtés, et les confondre est la faute la plus fréquente d'un premier travail mixte. Pour l'atelier : CMJN, 300 points par pouce, fond perdu, et un aplat de noir défini avec l'imprimeur plutôt que deviné. Pour l'écran : RVB, et une image matricielle exportée en un et en deux fois sa taille, parce qu'un téléphone récent affiche deux pixels physiques pour un pixel de maquette et qu'une image sortie une seule fois y arrive floue. Le SVG échappe aux deux, puisqu'il ne contient pas de pixels du tout.
À l'intérieur de n'importe lequel des quatre
L'ordre qui met au travail, et ce n'est pas celui d'un tutoriel
Les mêmes cinq arrêts dans chaque programme, et le quatrième est celui qui décide si le travail peut sortir du bâtiment.
- première semaineLa douzaine d'outils qui font le travailSur quelques centaines de commandes, et ce n'est pas la même douzaine d'un programme à l'autre
- première semaineLa façon dont le fichier est organiséCalques, plans de travail, blocs. Ce qui contient quoi, et ce qui bouge quand le parent bouge.
- la semaine où cela paieLa fonction qui applique un changement partoutStyles, gabarits, composants. La raison pour laquelle le programme valait d'être appris.
- avant le premier travail payéLa boîte d'exportRésolution, espace colorimétrique, fond perdu, échelle. Le travail est l'export.
- un jourLes effets, et tout le resteVraiment en dernier, et la plupart ne seront jamais ouverts
Les raccourcis ne sont volontairement pas un arrêt. Les dix que vous répétez arrivent sans être étudiés, et ceux des fiches imprimées servent surtout des commandes que personne n'emploie.
Le décrochage : connaître un programme et traiter tout comme son travail
C'est ici que les gens de ce sujet s'arrêtent. On apprend un programme, on devient rapide dedans, et on lui donne ensuite des travaux qui ne sont pas les siens. Le signe est visible de l'extérieur : un catalogue de trente-deux pages composé dans Photoshop, où chaque page est une image et où changer une virgule au chapitre deux demande de rouvrir et de réexporter trente-deux fichiers. Ce n'est pas de la lenteur, c'est un mauvais rangement, et il se corrige en une demi-journée d'apprentissage plutôt qu'en travaillant plus tard le soir.
La moitié française du décrochage vient de la commande. Un client français demande un fichier, pas une décision : il dit qu'il veut un fichier Illustrator, et on apprend donc Illustrator et on lui donne tout. Le remède n'est pas de refuser, c'est de savoir répondre que la chose demandée sortira mieux d'ailleurs et arrivera quand même en .ai s'il y tient. La question du financement se pose au même endroit et vaut d'être posée dans le bon sens : le CPF paie une formation, pas une licence, et cette distinction décide de ce qu'il faut aller chercher.
Ce qu'on ouvre en 2026, et ce qu'on ouvre à la place
Photoshop a remplacé le laboratoire de retouche, puis l'opérateur de scanner, et il n'a aucun chemin gratuit ; Krita et GIMP couvrent l'essentiel de ce dont un débutant a besoin. Illustrator a remplacé Macromedia FreeHand, retiré par Adobe en 2007, et Inkscape en est un substitut sérieux. InDesign a pris la place de QuarkXPress au milieu des années 2000, et Scribus existe : c'est la plus faible des trois substitutions et le dire est plus utile que de le taire. Figma tient l'interface depuis 2019, quand il a pris la place de Sketch, et son offre gratuite est inhabituellement large pour un programme de cette portée.
Le point qui décide en France est rarement la fonction, c'est l'engagement. La suite Adobe se paie tous les mois, en euros, le plus souvent avec un engagement d'un an dont la rupture se facture, ce qui est une décision de trésorerie pour un indépendant et pas un détail de tarif. Affinity s'achète une fois et ses PDF passent chez les imprimeurs, ce qui est le seul test qui compte. Serif a été racheté par Canva en 2024 et les conditions ont bougé depuis, donc vérifiez le prix le jour même plutôt que sur cette page.
Ce que le rangement de cette page ne dit pas, c'est ce qu'il faut savoir faire une fois le bon programme ouvert, et cela se sépare selon la sortie. Imprimé, ce sont les millimètres et les encres, autrement dit le design graphique. À l'écran, ce sont des états et des composants, autrement dit le design d'interface. Aucune des deux réponses ne dépend du programme, ce qui est la vraie raison pour laquelle les outils sont posés à ce niveau du design et non au-dessus de lui.