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Apprendre le filipinoles langues

Un francophone lit un mot sur cinq sans rien avoir appris, grâce à trois siècles d'espagnol. La seule difficulté réelle est ailleurs et aucun manuel ne la met en premier.

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Un événement, cinq phrases

La marque sur le verbe décide de quoi parle la phrase

Un homme qui achète du poisson au marché avec son argent pour sa mère. Le filipino peut mettre n'importe lequel des cinq au point de mire, et aucun des résultats n'est un passif.

  • Celui qui faitLà où tous les cours commencent, parce qu'il se traduit sans effort
    • L'homme est au point de mire
    • Le schéma que l'on répète en premier
  • Où cela se passeSon affixe propre, et non une préposition
    • Le marché est au point de mire
  • Pour qui cela est faitLe bénéficiaire, également porté par le verbe
    • La mère est au point de mire
Une racine verbale
  • Ce sur quoi on agitCe que la parole ordinaire emploie le plus souvent
    • Le poisson est au point de mire
    • Le schéma rencontré en dernier
  • Avec quoi cela se faitL'instrument, marqué sur le verbe au lieu d'être posé à côté
    • L'argent est au point de mire

La racine seule n'est pas un mot utilisable. L'affixe n'est pas un ornement sur le verbe, c'est la partie qui dit dans laquelle des cinq phrases on se trouve.

Un francophone ouvre un texte en filipino et reconnaît un mot sur cinq sans avoir rien appris. mesa, silya, kutsara, bintana, relo, kuwarto : la table, la chaise, la cuillère, la fenêtre, la montre, la chambre. Trois siècles de présence espagnole ont déposé un lexique latin que le français lit à vue.

Les nombres suivent la même route et se sont partagé le travail. Le filipino compte avec son propre système et emploie les nombres espagnols pour l'heure, l'argent et l'âge, si bien que ala una y media veut dire une heure et demie se dit dans une phrase par ailleurs entièrement tagalog.

Rien de tout cela n'aide pour la seule difficulté réelle de la langue, et il vaut mieux le savoir tôt. Le lexique est prêté, l'armature ne l'est pas, et l'armature ne ressemble à rien de ce que les langues présente ailleurs.

Cinq façons de désigner un même événement

Un verbe filipino ne marque pas qui fait l'action : il marque de quel participant la phrase parle. Le même événement, un homme qui achète du poisson au marché pour sa mère, se dit de cinq façons selon que l'attention porte sur l'acheteur, sur le poisson, sur le marché, sur l'argent ou sur sa mère.

  • le verbe arrive en premier. Cela n'a rien d'une interrogation, contrairement à ce que l'inversion suggère à une oreille française.
  • ang marque le participant dont on parle. Ce n'est pas un sujet : c'est le point de mire de la phrase, et c'est l'affixe du verbe qui dit lequel des cinq rôles il occupe.
  • le tagalog et le filipino sont la même langue. Le second est le nom officiel du premier, avec quelques lettres ajoutées à l'alphabet pour écrire les emprunts.

Le système de focus est la seule vraie difficulté et il n'a pas d'équivalent français, ni d'ailleurs dans aucune autre entrée de ce pilier. La grammaire du filipino le prend en entier, et il vaut d'y aller tôt, puisque tout le reste en dépend.

Le même achat, dit deux fois

Deux phrases valent mieux qu'une explication. Bumili ang lalaki ng isda et Binili ng lalaki ang isda disent le même achat : dans la première, l'affixe -um- met l'homme au point de mire et ang le désigne ; dans la seconde, l'affixe bin- met le poisson au point de mire et ang se déplace sur lui.

Rien n'a changé dans l'événement. Ce qui a changé est ce dont la phrase parle, et le français ne peut rendre la différence qu'en changeant de voix, ce qui produit un passif lourd là où le filipino n'a aucune lourdeur.

Traduire est donc trompeur ici plus qu'ailleurs : les deux phrases se rendent par la même phrase française, si bien que la traduction efface exactement la distinction que la langue marquait.

Un détail s'ajoute à cela et revient partout. magandang babae, avec un -ng qui relie l'adjectif au nom : le filipino soude ses modificateurs à ce qu'ils modifient, dans un sens comme dans l'autre, et l'oublier rend la phrase incorrecte sans la rendre incompréhensible.

Une dernière pièce revient dans chaque phrase adressée à quelqu'un de plus âgé ou de plus haut placé. po ne veut rien dire et marque le respect : il se glisse dans la phrase sans en changer la structure, et l'omettre là où il est attendu s'entend beaucoup plus qu'une faute de focus.

Celui qu'on apprend en premier est celui qu'on emploie le moins

Voici le blocage, et il est fabriqué par les manuels plutôt que par la langue. Les cours enseignent d'abord le focus sur l'acteur, parce qu'il ressemble à un sujet français et se traduit sans effort.

Or c'est celui que les locuteurs emploient le moins. Le filipino ordinaire préfère le focus sur l'objet dans une grande part des phrases transitives, si bien qu'un apprenant construit des phrases correctes que personne ne dit et n'analyse pas celles qui reviennent.

Le symptôme est net : on construit des phrases au focus acteur, on se fait comprendre, et on n'analyse pas les phrases au focus objet qui reviennent. La sortie est de traiter le focus sur l'objet comme la forme par défaut dès le premier mois, ce qui contredit l'ordre de presque tous les manuels et fait gagner une année.

L'anglais dans la phrase n'est pas une corruption de la phrase

Le taglish n'est pas du filipino abîmé. Le mélange est systématique : les couches empruntées fournissent des mots, et la couche tagalog fournit tout ce qui décide du sens de la phrase.

Un verbe anglais reçoit un affixe de focus et se conjugue comme n'importe quel autre, parce que l'étage du bas n'est jamais devenu anglais. C'est la preuve la plus nette que l'armature tient, et c'est aussi ce qui rend une conversation réelle plus facile à suivre pour qui a de l'anglais.

Pour un lecteur d'ici, cela a une conséquence précise et rarement dite : la part la plus accessible du filipino parlé passe par l'anglais, donc un francophone faible en anglais aborde cette langue avec un obstacle de plus que les manuels ne comptent jamais. La compréhension orale en filipino mesure cette part, et elle est plus grande qu'annoncé.

Ce qui porte quoi

Quelle que soit la part d'anglais, l'armature dessous n'est pas anglaise

Le mélange est systématique et non négligent : les couches empruntées fournissent des mots, et la couche tagalog fournit tout ce qui décide du sens.

  1. L'anglaisNoms, radicaux verbaux et presque tout le technique, prenant des affixes filipino en arrivant
  2. L'espagnolLes nombres, l'heure, la cuisine, et une grande part du quotidien
  3. L'armature tagalogLe focus sur le verbe, les marqueurs, les pronoms et l'ordre des mots. Rien d'emprunté

La thèse porte sur le volume plutôt que sur l'ordre. Prenez un mot anglais, posez-lui un affixe de focus, et il se conjugue comme les autres, parce que l'étage du bas n'est jamais devenu anglais.

L'accent décide du mot

Cinq voyelles nettes, une orthographe qui se lit comme elle s'écrit, et un francophone qui prononce correctement dès la première semaine. Il reste un poste, et c'est l'accent.

Le filipino place un accent lexical qui distingue des mots entiers. páso et pasó sont deux mots différents, et le déplacement de l'accent change le sens sans changer une lettre. Le français, qui n'accentue que la fin d'un groupe, ne l'entend pas et ne le produit pas.

C'est la même dépense que dans l'espagnol et dans le grec, sauf qu'ici elle n'est presque jamais écrite : l'accent ne se note pas dans l'orthographe ordinaire. La prononciation du filipino tient les paires qui comptent, et il faut les produire avant de pouvoir les entendre.

Un dictionnaire qui démonte le mot

Tagalog.com est l'outil qui change la première année, parce qu'il sépare la racine de ses affixes et nomme le focus, ce qui est précisément l'opération qui manque. Sans cela, chercher un verbe rencontré dans une phrase suppose de savoir déjà l'analyser, ce qui est précisément la compétence qui manque. Gratuit.

Wiktionary rassemble les tableaux d'affixes en un seul endroit, gratuitement, et il sert de vérification quand une forme rencontrée ne correspond à aucun modèle connu.

Anki compte pour une raison propre à cette langue : une carte doit porter la racine, l'affixe et la place de l'accent, parce que ces trois choses sont indépendantes et qu'aucune ne se déduit des deux autres. Le vocabulaire du filipino montre comment la couche espagnole et l'armature tagalog se répartissent le travail.

L'armature, ou le vocabulaire

Ce qui se décide après quelques mois dépend de la raison d'être venu, et les deux raisons habituelles mènent ailleurs.

Qui apprend pour une famille ou pour un séjour a besoin de l'armature et de rien d'autre : le vocabulaire arrivera tout seul, à moitié en espagnol et à moitié en anglais. Qui s'intéresse aux langues pour elles-mêmes a rencontré ici un système de voix qui n'existe presque nulle part ailleurs, et le comparer à un autre l'éclaire plus qu'un chapitre de grammaire.

L'espagnol explique la moitié du lexique quotidien et n'explique rien de la phrase, ce qui est une répartition rare et instructive. L'expression orale en filipino tient la pratique, et Apprendre une langue le calendrier, qui compte ici pour une raison particulière : sans locuteur à portée, le focus reste une théorie.

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