Faragiri

Apprendre l'illustrationle design

Vingt dessins grands comme un timbre, trois valeurs avant la moindre couleur, et une direction de lumière écrite dans un coin. Le rendu vient en dernier.

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2Profondeur

L'ordre

Chaque geste s'appuie sur celui d'en dessous, et aucun ne se saute

Un escalier plutôt qu'une liste, parce qu'une lumière posée sur une forme qui n'a jamais été construite n'a rien où s'asseoir et se repeint au lieu de se corriger.

  1. 01Le gesteUne ligne pour toute l'action, en trente secondes, avant qu'aucune partie soit décrite
  2. 02La constructionLa proportion mesurée plutôt que sentie, pour qu'une erreur se voie en minutes
  3. 03La valeurClair, moyen, sombre, rien entre les trois, vérifié en petit
  4. 04La lumièreUne direction, écrite quelque part, et toute ombre qui lui obéit
  5. 05La couleur et les bordsLe dernier dixième du travail, et la première chose vers laquelle un débutant tend la main

Elle ne dit rien du temps que prend chaque marche, et les marches sont très inégales : les deux premières sont des années et la dernière un après-midi. Ce qu'elle affirme, c'est qu'une faute commise sur une marche basse ne se répare pas depuis une marche haute.

Une couverture de roman se décide à 40 px de large. C'est la taille à laquelle elle apparaît sur la fiche d'un libraire en ligne, avant que quiconque la tienne, et à cette taille il ne reste d'une image que sa tache. Camille Roussel commence donc par 20 vignettes, 6 crayonnés, 3 poussés, 1 fini, et les vingt premières sont dessinées à la taille où elles seront jugées : des vignettes de 40 px de large, jugées à cette taille. Dix-neuf des vingt étaient destinées d'avance à la corbeille, et c'est là qu'est l'économie.

La commande vient d'un éditeur d'Arles : un roman dont la scène tient en une ligne, une femme debout au bout d'un ponton, à la tombée du jour. Ce que l'éditeur achètera n'est pas le dessin. C'est un droit d'usage sur ce dessin, et en France les deux ne se confondent pas, ce qui change la façon dont le travail se déroule bien avant qu'il soit question de peindre.

Un seul savoir-faire, plusieurs surfaces, plusieurs métiers

Les sept sujets d'ici ne sont pas sept disciplines : c'est un savoir-faire, la construction d'une image à la main, posé sur des surfaces et des commandes différentes. Le dessin est la fondation et il ne se contourne pas. Ce qui vient dessus se sépare par l'outil, la peinture numérique d'un côté et l'illustration vectorielle de l'autre, puis par la commande : le design de personnage et le concept art fabriquent ce qui n'existe pas encore, le portrait fabrique une ressemblance, et le lettrage dessine des lettres comme des images.

Le lettrage a en français une difficulté que l'anglais n'a jamais : une lettre dessinée à la main doit aussi être dessinée accentuée. Un titre manuscrit où le É a été bricolé en collant un accent sur un E, ou où le Œ de Sœur a été remplacé par un OE, se voit immédiatement et se voit surtout en grand. Les accents et la ligature font partie du jeu de formes, ils se construisent avec lui, et un alphabet dessiné sans eux n'est pas fini.

Quatre gestes, dans un ordre qui ne plie pas

L'ordre est un escalier plutôt qu'une liste, parce qu'une lumière posée sur une forme qui n'a jamais été construite n'a rien où s'asseoir. Le geste d'abord : trente secondes par pose, vingt poses, sans gomme, une seule ligne pour toute l'action avant qu'aucune partie soit décrite. La construction ensuite, où la proportion se mesure au lieu de se sentir : mesurez en hauteurs de tête, le crayon au bout du bras, et une erreur se rattrape en trois minutes au lieu de se découvrir à la fin. La mesure a des valeurs, et ce sont elles que la plupart des gens n'apprennent jamais parce qu'elles ressemblent à de la comptabilité :

  • Une figure adulte debout fait sept têtes et demie, et le milieu du corps tombe au pubis et non au nombril.
  • Un enfant de six ans en fait cinq et demie, et c'est la tête qui change, pas les jambes.
  • L'œil est à mi-hauteur du crâne, ce qui est plus bas que tout le monde le dessine.
  • La main couvre le visage du menton aux racines des cheveux.

La femme du ponton est vue de trois quarts dos et à contre-jour, donc trois de ces quatre repères ne se vérifient pas à l'œil sur le dessin fini. Ils se vérifient sur la construction, pendant qu'elle est encore faite de traits qu'on peut déplacer.

La valeur vient avant la couleur et c'est le pas que presque personne ne prend : trois valeurs avant toute couleur, un clair, un moyen, un sombre, et rien entre les trois. La couverture de Camille est donc construite en trois gris pendant deux jours. Puis la lumière, qui est une décision et non une ambiance : écrivez la direction de la lumière dans un coin avant de peindre, et toute ombre lui obéit ensuite, y compris celles qui arrangeraient mieux la composition autrement. La couleur et les bords arrivent en dernier. C'est le dixième final du travail et c'est la première chose vers laquelle un débutant tend la main.

Deux tests de dix secondes

Le premier tient au format de départ. Remplissez la forme en noir et voyez si elle reste reconnaissable. La femme sur le ponton, réduite à une tache noire, doit encore se lire comme une personne debout au bord de quelque chose ; si la tache se confond avec le poteau derrière elle, aucun rendu ne le rattrapera, parce que le problème est dans la découpe et pas dans la peinture. Le même test se fait sur les trois valeurs plutôt que sur le noir seul : réduisez l'image à 40 px, et s'il n'y reste que deux taches au lieu de trois, la valeur moyenne ne sert à rien et vaut mieux d'être dépensée ailleurs. Le second appartient au vecteur : mettez des points d'ancrage aux extrêmes et nulle part ailleurs, en haut, en bas, à gauche, à droite de chaque courbe. Une courbe qui porte onze points en porte neuf de trop, et cela se voit à l'agrandissement comme une suite de petites bosses.

Un troisième test ne prend pas dix secondes mais évite le plus gros gâchis : décidez la taille finale avant le premier trait. Une couverture n'est pas une affiche réduite. Le nombre de traits qu'elle supporte, l'épaisseur du plus fin d'entre eux et la quantité de détail qui survivra sont tous décidés par une dimension qu'on croit pouvoir choisir à la fin.

Une couverture

Dix-neuf des vingt étaient d'avance destinées à la corbeille

La largeur de chaque bande est son propre compte, donc la chute est la donnée : presque toute la perte se fait au premier étage, exprès, et pour pas cher.

  1. Vignettes de 40 px de largeQuatre ou cinq traits chacune, vingt minutes pour la série20
  2. CrayonnésToujours aucun rendu, et le partage des valeurs devient lisible6
  3. PoussésDessinés pour de bon, montrés à quelqu'un qui n'est pas vous3
  4. FiniLe seul qui reçoit les dix heures1

Les comptes sont l'habitude d'une illustratrice sur un livre plutôt qu'une règle. Ce qui ne se négocie pas est le sens : un travail qui commence avec trois idées choisit entre trois, et choisir entre trois n'est pas choisir.

Le décrochage : rendre un dessin qui n'est pas encore juste

C'est ici que les gens de l'illustration s'arrêtent sans le voir. Le rendu est agréable, il ressemble à du travail, il se photographie bien, et il peut occuper vingt heures sur une construction fausse. Le signe est net : vous retouchez la même zone pour la quatrième fois et vous n'avez toujours pas retouché la proportion en dessous.

La forme française du décrochage ajoute une raison de plus de rendre trop tôt, et ce n'est pas un défaut de patience, c'est une question d'autorisation. Un illustrateur français travaille sur commande, avec une cession de droits, et il croit qu'un crayonné ne se montre pas. Il montre donc une image finie parce qu'il pense qu'un client n'a rien à faire d'un dessin gris, et un client français qui reçoit une image finie discute la lumière, la couleur et le cadrage en même temps. La sortie est contractuelle autant que graphique : ce qui se fait valider est le crayonné, et une cession de droits dit l'étendue, la durée et le territoire de ce qui est cédé. Ce que le droit français ne cède jamais est le droit moral, qui reste à l'auteur : la signature et le respect de l'œuvre ne s'achètent pas avec le fichier, et un éditeur qui recadre une couverture sans demander sort de ce qu'il a acheté.

Ce qu'on ouvre en 2026

Procreate a remplacé, pour beaucoup d'illustrateurs en exercice depuis 2018 environ, le carnet plus le scanner. Il s'achète une fois et non tous les mois, ce qui compte davantage ici qu'ailleurs, et il ne tourne que sur iPad. Krita est le chemin libre pour la peinture : gratuit, à sources ouvertes, et doté d'un moteur de brosses qui justifie la phrase. Inkscape occupe la même place pour le vecteur, et remplace le fait de payer un abonnement pour tracer une courbe.

Aucun des trois ne fabrique la partie que le marché français paie vraiment, qui est la constance : douze planches d'un même livre où le même personnage a le même nez, la même distance entre l'œil et l'oreille, et la même façon de plier le poignet. Un modèle génératif produit beaucoup de variantes en peu de temps et ne tient aucune de ces trois choses, ce qui est le fait utile à son sujet plutôt qu'une opinion. C'est aussi pourquoi une commande française se paie souvent à la planche et se juge sur la douzième.

Ce que cette page ne tranche pas est ce que devient l'image ensuite. Posée dans une mise en page, avec du texte autour et une coupe qui la rogne, elle relève de le design graphique, et les écarts qui décident si elle respire une fois entourée sont les bases du design. La question qui vient juste après celle-ci est plus étroite et plus urgente : quel programme pour quelle sortie, sachant qu'un dessin qui part à l'impression et un dessin qui part à l'écran ne se préparent pas pareil. C'est les outils du design, l'un des sept sujets du design.

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