Un logotype composé en capitales, laissé à l'espacement livré avec le caractère, est le signe le plus courant qu'un logo a été dessiné la première année. Les capitales ont été gravées pour tenir à côté de bas-de-casse, pas à côté d'autres capitales, et un mot qui n'en contient que arrive donc trop serré. La correction ordinaire est une approche de 50 sur un logotype en capitales. Elle se tape dans le champ que les tutoriels anglophones appellent tracking et qu'InDesign et Illustrator appellent en français l'approche de groupe, en millièmes de cadratin : un lecteur français qui cherche le premier mot dans son logiciel ne le trouve nulle part.
Mathilde Auger compose la saison d'une salle de spectacle à Nancy. Une affiche A2 pour les colonnes Morris, et un programme de vingt-quatre pages en dos carré collé, tiré à 2 000 exemplaires par un atelier qui renverra des cartons et aucune explication. Presque tout ce qui peut mal tourner là-dedans est un nombre qu'elle n'a pas saisi, et aucun de ces nombres n'est visible sur son écran pendant que le fichier a l'air fini.
Un seul métier à cinq tailles
Ce sujet n'est pas une collection de spécialités posées côte à côte. C'est un seul métier à cinq tailles, et les échelons sont ceux que les gens montent réellement. Composer un mot : un logotype, un titre, un prix. Composer une page : un message, une hiérarchie, une distance de lecture. Composer un document : vingt-quatre pages qui s'accordent entre elles, ce qui est un autre problème et se résout avec des styles plutôt qu'avec du goût. Composer une identité : un système que d'autres appliquent sans vous. Écrire la charte : des règles qu'un inconnu suit pendant que vous dormez.
Les échelons comptent parce que la faute change à chacun. Un mot raté est laid. Une page ratée n'est pas lue. Un document raté est incohérent, et l'incohérence est ce qu'un client remarque sans savoir la nommer. Les logos sont le projet complet le plus court, parce qu'un logotype tient en un mot et que chacune de ses fautes se voit dans l'après-midi ; l'identité de marque est l'échelon où le travail cesse d'être une affaire d'opinion, puisqu'il est jugé sur ce que d'autres en font.
Le décrochage est dans l'espace, et il se cache dans le texte
Les gens de ce sujet apprennent la mise en page, apprennent la couleur, et s'arrêtent avant l'espacement. Pas l'espacement entre les blocs, qui se voit et se corrige, mais celui qui est à l'intérieur du texte : entre les lettres d'un logotype, entre les lignes d'un paragraphe, sous un titre. Un travail fait sans lui n'est faux nulle part où l'on puisse pointer. Il est presque juste partout, ce qui est pire, parce que le client dit que cela fait un peu bon marché et qu'aucun des deux ne sait quel nombre est faux.
Deux valeurs en portent l'essentiel. La première est l'approche ci-dessus. La seconde est l'interlignage : l'interlignage automatique vaut le corps plus un cinquième, soit une seule relation appliquée à toutes les tailles, alors que le bon interlignage n'est pas une seule relation. Le texte courant du programme de Mathilde est en 8 pt interligné à 11, au-dessus des 9,6 automatiques, parce qu'un long pavé de petit corps a besoin d'air pour rester lisible à bout de bras. Le titre de l'affiche est en 120 pt interligné à 112, en dessous des 144 automatiques, parce que deux mots à cette taille ont déjà tout l'air qu'il leur faut et que le réglage par défaut décroche la seconde ligne de la première.
La troisième valeur n'existe pas en anglais et c'est celle qui trahit le plus vite une maquette française. Le français demande une espace fine insécable avant le deux-points et le point-virgule, ainsi que devant le point d'interrogation. Ce n'est pas une espace ordinaire, ce n'est pas l'espace insécable que donne l'option et la barre du clavier, et aucune touche ne la produit : elle s'insère par le menu des espaces, sous ce nom. Une affiche composée sans elle est encore une fois presque juste partout.
Le reste du décrochage est un vocabulaire, et il est en français parce que la transaction l'est. Un atelier ne comprend pas le mot bleed et n'a pas à le comprendre :
- le fond perdu, la matière qui déborde de la coupe ;
- les traits de coupe, qui disent à la machine où trancher ;
- le grammage, en grammes par mètre carré, qui décide de la tenue ;
- le dos carré collé, la reliure des vingt-quatre pages de Mathilde.
Les cinq nombres entre un fichier et un tirage
Tout ce qui précède se passe sur un écran. Ce qui sépare ce sujet du reste du pilier, c'est que le fichier part ensuite et que ce qui revient n'est plus modifiable. Cinq nombres décident s'il revient juste, et l'atelier ne vous relancera sur aucun des cinq.
Un fond perdu de 3 mm sur chaque bord. Tout ce qui doit toucher le bord de l'affiche est dessiné 3 mm au-delà, si bien que le document de Mathilde mesure 426 sur 600 et non 420 sur 594. Le massicot dérive d'environ un millimètre dans une pile, et sans la marge la dérive se lit comme un liseré blanc sur une partie du tirage. La même dérive explique la valeur suivante : le texte reste à 5 mm du bord de coupe, faute de quoi il est rasé sur les exemplaires du bas de la pile.
La résolution est de l'arithmétique. À trois cents points par pouce, divisez la largeur en pixels par 12 pour les millimètres imprimables. La photographie de plateau que Mathilde a reçue fait 2 400 pixels de large, donc 200 mm, ce qui couvre confortablement les 148 mm qu'elle doit occuper. Le chiffre exact est 203, et la division par douze est assez proche pour se faire de tête au moment où elle sert, c'est-à-dire pendant qu'on choisit encore la photographie. Une image de 900 pixels fait 75 mm, et aucun agrandissement ne remet un détail qui n'a jamais été enregistré.
La couleur est l'endroit où un écran ment avec le plus d'aplomb. L'écran fabrique de la couleur avec de la lumière et la presse avec quatre encres, donc les verts et les orangés saturés que vous voyez n'ont aucune recette et arriveront plus ternes. Le noir est le cas à connaître : 100 % de noir seul s'imprime en gris foncé à côté d'un noir mélangé aux quatre encres. Chaque atelier a sa propre recette, alors demandez la sienne au lieu d'en recopier une sur un forum. Et rien ne survit en filet de cheveu : aucun filet en dessous de 0,25 pt, sinon il se rompt sur un papier absorbant.
Le cinquième n'est pas un nombre. Demandez un BAT sur le papier du tirage, tiré par la machine qui fera le travail. Le papier non couché du programme boit l'encre, et le seul moyen de savoir combien est d'en tenir un exemplaire. L'impression démonte tout cela pièce par pièce, et le packaging ajoute les deux juges qu'une feuille plane ne rencontre jamais, le rayon et le transporteur.
La traversée
Cinq choses entre un fichier qui a l'air juste et 2 000 programmes qui le sont
Chaque planche est un nombre invisible à l'écran, et l'atelier ne vous relancera sur aucun d'eux.
- 01Le fond perdu et la zone tranquille3 mm au-delà de la coupe, et le texte à 5 mm en dedans
- 02La résolutionLa largeur en pixels divisée par 12 donne les millimètres imprimables
- 03De l'encre, pas de la lumièreLes verts saturés n'ont pas de recette, et le noir seul tire au gris
- 04Rien en filet de cheveu0,25 pt est le plancher, en dessous le filet se rompt sur un papier absorbant
- 05Un BAT sur le supportTiré par la machine qui fera le travail, sur le papier qu'elle y mettra
Le pont ne porte que le fichier. Il ne dit rien des deux décisions qui coûtent plus que les cinq planches réunies, le papier et la finition, et celles-là se choisissent en tenant des échantillons plutôt qu'en lisant quoi que ce soit.
L'ordre, et ce qu'il coûte à l'envers
Le texte d'abord, puis les pages, puis les documents, puis l'identité. Pris à l'envers, cela échoue d'une façon reconnaissable du dehors. Qui commence par l'identité produit un logo, une palette et un jeu de règles pour une structure dont il n'a jamais eu à composer la production réelle, un programme qui change chaque mois. Les règles se révèlent alors inapplicables à la taille où le travail se fait vraiment, et celui qui en hérite les ignore, ce qui est le sort ordinaire d'une charte écrite par quelqu'un qui n'a jamais travaillé sous une charte.
L'autre inversion coûte de l'argent plutôt que du crédit : la production apprise en dernier. Un fichier sans fond perdu se répare en dix minutes s'il est vu et se réimprime à vos frais sinon. Il y a en France une pièce de plus à ne pas découvrir la veille du départ en production, et elle appartient à l'échelon du document : un ouvrage imprimé et diffusé porte une mention de dépôt légal, et le plus souvent un ISBN, qui occupent une place réelle dans la maquette. Les mettre en page la veille au soir, c'est les mettre où il reste de la place.
Ce qu'on ouvre en 2026, et ce que l'atelier accepte
InDesign compose encore tout ce qui dépasse quelques pages, place qu'il a prise à QuarkXPress au milieu des années 2000 sans que personne la lui reprenne. Illustrator dessine les vecteurs, et il a remplacé Macromedia FreeHand, racheté par Adobe en 2005 et retiré de la vente deux ans plus tard. Aucun des deux n'a de chemin gratuit, seulement un essai, et cela se dit franchement plutôt qu'en faisant semblant qu'un contournement existe.
Affinity Publisher et Affinity Designer sont l'alternative sérieuse pour qui ne peut pas porter un abonnement : achetés une fois, et les PDF qu'ils exportent sont acceptés par les ateliers, ce qui est le seul test qui décide si une alternative est réelle. Pantone est le cas qui a bougé récemment et qui piège encore. Les nuanciers Pantone livrés à l'intérieur d'Illustrator et d'InDesign en ont été retirés en 2022, si bien qu'une couleur d'accompagnement demande désormais un abonnement Pantone Connect par-dessus l'abonnement Adobe, et le nuancier papier par-dessus les deux. Le nuancier papier n'est pas facultatif dès qu'un client a une couleur d'accompagnement, parce que c'est le seul endroit où cette couleur existe comme un fait et non comme l'avis d'un écran.
Par où entrer dépend de ce que vous voulez tenir en main le plus vite. La mise en page est la compétence qui sert le plus de jours, et le design d'information celle qui se transporte le plus loin hors de ce sujet, jusque dans les images fabriquées à la main que sont l'illustration. Rien de tout cela ne tient sans les écarts et les différences que pose les bases du design, à prendre avant plutôt qu'à côté.
La question que cette page laisse ouverte est celle du logiciel, et c'en est une vraie plutôt qu'une préférence, parce que le format de fichier décide qui peut ouvrir votre travail et ce qu'un atelier peut en faire. C'est les outils du design, et c'est aussi le moment où la réponse cesse de relever du design pour relever de ce que l'atelier d'à côté a installé.