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Apprendre le grecles langues

L'alphabet vient des mathématiques et le lexique savant du français est grec. Ce qui coûte est une orthographe qui note l'histoire du mot et non sa prononciation.

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Une seule voyelle

Cinq entrées, une sortie, et aucun chemin de retour

Chacune de ces graphies a exactement une prononciation, donc la lecture est déterminée. Rien ne fonctionne dans l'autre sens, et c'est pourquoi la dictée reste difficile.

  1. Graphies qui atteignent l'oeilEta, iota, upsilon, et les couples epsilon-iota et omicron-iotacinq graphies
  2. Sons qui atteignent l'oreilleToutes se disent i, et depuis très longtempsun seul son

Compté pour la voyelle i du grec moderne. Le rétrécissement est toute la thèse : un apprenant qui lit une page à voix haute le deuxième jour ne sait toujours pas l'écrire sous la dictée le deux centième.

Un francophone connaît déjà quelques milliers de mots grecs sans avoir ouvert un manuel. Téléphone, psychologie, démocratie, chirurgie, orthographe : le lexique savant du français est grec, et il l'est plus massivement que celui de l'anglais, qui a pris la même matière en passant par le français. C'est le prêt le plus large que les langues enregistre dans un seul sens, et il ne se rembourse pas en compréhension.

Le piège est dans la même phrase. γράφω veut dire j'écris, tout simplement : chez elle, la racine que le français réserve à l'orthographe et à la graphologie est le verbe ordinaire qu'un enfant emploie pour dire qu'il écrit. Reconnaître un mot n'est donc pas le comprendre, et le français fait croire l'inverse.

L'alphabet est dans le même cas. Vingt-quatre lettres, dont la moitié a été rencontrée en cours de mathématiques, ce qui met la lecture à quelques jours. Ce qui coûte se voit une fois cette porte franchie, et cela tient dans l'orthographe.

L'alphabet est familier, et la familiarité est le piège

Les lettres se lisent vite parce que π, Σ, Δ, λ et φ ont déjà servi. Les quelques-unes qui trompent sont celles qui ressemblent à des latines sans l'être : le ρ est un r, le ν est un n, le χ se fait au fond de la gorge, à peu près là où se fait le r français.

  • l'alphabet compte vingt-quatre lettres. Un après-midi pour la reconnaissance, quelques jours pour lire à vitesse normale.
  • l'accent est écrit sur chaque mot. Contrairement au russe, le grec note où tombe l'accent, ce qui retire d'un coup la moitié du problème que pose une langue à accent mobile.
  • trois genres et quatre cas. Le genre est familier, les cas ne le sont pas, et ils se marquent sur l'article autant que sur le nom.

Une lettre a deux formes selon sa place : le sigma s'écrit σ au milieu d'un mot et ς à la fin, et c'est la seule irrégularité de tracé de tout l'alphabet.

Le grec est donc l'inverse du russe sur ce point précis : l'accent est visible, donc un mot lu peut être dit. Ce qui ne fonctionne pas est le chemin retour, et c'est là que se trouve toute la dépense.

cinq graphies, et un seul son

Le grec écrit son histoire plutôt que sa prononciation. Les voyelles ont convergé au fil des siècles et l'orthographe ne les a pas suivies, si bien que cinq graphies se prononcent aujourd'hui un seul son : eta, iota, upsilon, et les couples epsilon-iota et omicron-iota se disent tous i.

Chacune de ces graphies a exactement une prononciation, donc lire à voix haute est déterminé et s'acquiert en une semaine. Rien ne fonctionne dans l'autre sens : entendre un i ne dit pas laquelle des cinq graphies l'écrit, et le choix dépend de l'histoire du mot et de sa grammaire.

C'est le blocage de cette entrée et il est d'une forme rare. Un apprenant lit une page à voix haute au deuxième jour et ne sait toujours pas l'écrire sous la dictée au deux centième. La sortie n'est pas phonétique, elle est lexicale : l'orthographe s'apprend avec le mot, comme en français d'ailleurs, et la prononciation grecque explique pourquoi ce sens unique n'est pas un défaut du système.

Deux sons que l'anglais possède et que le français n'a pas

Une inversion mérite d'être signalée, parce qu'elle va dans le sens contraire de tout le reste de cette page. θ et δ sont les deux th de l'anglais, et le français n'en a aucun : celui de think et celui de this, tous deux vivants en grec moderne.

Ils portent des mots de tous les jours. θάλασσα est la mer, δέκα est dix, δρόμος est la rue. Un francophone les remplace par un s et un z, ce qui reste compris et s'entend immédiatement, et personne ne le corrige puisque le sens passe quand même.

C'est le seul poste de cette entrée où un anglophone part devant, et il se règle en semaine un ou pas du tout.

Trois mille ans sont un avertissement plutôt qu'un argument

La continuité du grec est réelle et elle se vend mal. Elle signifie que la langue traîne derrière elle des couches, et qu'une partie du vocabulaire écrit appartient à un registre savant fabriqué au dix-neuvième siècle pour rapprocher la langue de l'ancien.

Ce registre existe encore dans l'administration, dans le droit et dans certains titres de presse, et il n'est pas ce que les gens parlent. Un apprenant qui ouvre un texte officiel au troisième mois conclut qu'il n'a rien appris, alors qu'il a simplement changé de couche.

Le grec ancien, lui, est une autre langue, et le lire ne s'obtient pas en prolongeant le grec moderne. Décider laquelle des deux on veut se fait au début plutôt qu'au milieu, et le vocabulaire grec montre où passe la frontière entre le fonds courant et le fonds savant.

Ce que la langue traîne derrière elle

Cinq couches, lues de l'intérieur vers l'extérieur

Chacune est encore présente quelque part dans un texte d'aujourd'hui, et c'est ce qui distingue le grec des autres langues de ce pilier.

  1. la conversationLe grec parléCe que les gens se disent, et le seul étage où l'aspect se travaille vraiment
  2. 02La presse et la télévisionProches de la conversation, avec quelques mots du registre savant
  3. 03La katharévousa résiduelleLe registre fabriqué au dix-neuvième siècle, encore présent dans le droit et l'administration
  4. 04Le grec de la KoinèLisible avec effort une fois le moderne installé, et c'est là que s'arrête la continuité utile
  5. 05Le grec ancienUne autre langue, qui ne s'obtient pas en prolongeant celle-ci

Les couches ne sont pas des niveaux de difficulté. Un lecteur peut tenir la troisième et perdre la première, ce qui est le cas le plus fréquent chez qui a appris dans les livres.

Il n'y a pas d'infinitif

Le grec moderne a perdu l'infinitif, ce qui déplace une construction que le français emploie à chaque phrase. Je veux partir ne se dit pas avec un infinitif : la seconde partie se conjugue elle aussi, mot à mot je veux que je parte.

Cela paraît lourd et cesse de l'être en quelques semaines, à une condition : cesser de chercher la forme neutre du verbe. Un dictionnaire grec donne la première personne du singulier comme forme de citation, précisément parce qu'il n'y a rien d'autre à donner, et un apprenant qui cherche un infinitif cherche quelque chose qui n'existe pas.

Le cas, lui, se lit sur l'article autant que sur le nom, ce qui est une aide plutôt qu'une charge : ο, του et τον pour un même masculin singulier, quand le nom bouge beaucoup moins. Un francophone qui porte déjà le genre sur son article tient le mécanisme et n'a qu'une dimension à y ajouter.

À cela s'ajoute l'aspect, qui double chaque verbe comme dans les langues slaves : une forme pour l'action en cours ou répétée, une autre pour l'action prise en bloc. La grammaire grecque tient les deux, et l'aspect est le poste qui reste ouvert le plus longtemps.

Un dictionnaire d'État, un tableau, une caméra dans la rue

Le dictionnaire Triantafyllidis, sur greek-language.gr, est gratuit, monolingue, et il fait une chose qu'aucun bilingue ne fait : il indique quel mot relève du registre savant. Pour une langue à couches, c'est l'information la plus utile de l'entrée, et il a remplacé le volume imprimé du même institut.

Wiktionary affiche tout le paradigme d'un mot sur un écran, gratuitement, ce qui compte dans une langue où l'article porte autant d'information que le nom.

Easy Greek filme de la conversation de rue avec les deux pistes de sous-titres. C'est l'endroit le moins cher pour entendre à quelle vitesse le grec parlé élide et combien de petites particules il emploie, deux choses qu'aucune explication ne donne. Gratuit sur la chaîne, transcriptions réservées aux adhérents, et la compréhension orale en grec en fait le compte.

Vers quel grec vous marchez

La couche visée se choisit après quelques mois, et le choix est plus tranché ici qu'ailleurs. Le grec de la conversation demande de l'écoute et peu de lecture. Le grec des textes demande l'inverse et il ouvre sur une bibliothèque de trois millénaires.

Si c'est le fonds savant qui a plu, le latin est l'autre moitié du vocabulaire français et il se lit sans jamais se parler, ce qui en fait un projet de lecture assumé plutôt qu'une langue inachevée.

Si c'est le pays, alors la priorité est l'oral et rien d'autre, et l'expression orale en grec tient la formalité, qui compte encore beaucoup plus que dans le reste de l'Europe. Le calendrier, lui, se décide comme partout, et Apprendre une langue le pose.

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